Kill Bill : Volume 1 n’a jamais brillé par son scénari, c’est basique, cliché, presque minimaliste. Une femme splendide Uma Thurman, laissée pour morte, qui se relève pour traquer un à un ceux qu’elle pense responsables de son massacre et de "mort" de son bébé. Une liste de cinq noms… dont elle ne raye que deux cases dans ce premier volume. Voilà. Le script tient littéralement sur un coin de feuille de PQ, et Tarantino ne s’en cache même pas. Mais là où le film explose, là où il écrase presque tout le reste du cinéma d’action de l’époque, c’est dans sa mise en scène. C’est un festival. Un tableau vivant. Une orgie de style. Le souci du détail est constant, millimétré. On aurait pu s’attendre à quelques plans-séquences élégants, mais non, Tarantino choisit le cut agressif, un montage qui tranche, qui frappe, qui percute. Chaque changement de plan est une gifle visuelle. Et ça fonctionne. La colorimétrie est d’une beauté insolente, des couleurs qui claquent, des contrastes chirurgicaux, une photographie qui transforme même les scènes les plus absurdes en œuvres d’art. Quant aux morts… elles sont viscérales, brutales, presque dérangeantes. Ça fait partie du contrat. Le film s’enchaîne à toute vitesse, pas de blabla inutile, pas de digressions fatigantes, pas de ventre mou. Juste une mécanique parfaitement huilée. Et par-dessus tout, une OST magistrale, qui colle littéralement aux images comme si chaque morceau avait été composé pour une seule seconde précise du film. Un mariage son-image à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Maintenant soyons honnêtes, certaines idées ont vieilli. On frôle parfois la série Z assumée, le kitsch total. Mais étonnamment… ça marche. Parce que Kill Bill est un film de références, un hommage permanent au cinéma bis, aux films de sabre, au grindhouse, à tout ce que Tarantino adore régurgiter avec panache. En bref, une coquille scénaristique vide, mais un diamant visuel et sonore. Tarantino transforme une histoire creuse en expérience sensorielle. Et même si le fond est famélique, la forme est si brillante qu’on en redemande.