Ça y est, trente ans. L'âge qu'aurait eu Harry Potter cette année s'il n'avait pas subitement pris vingt ans à la fin du tome 7. Trente ans, c'est l'âge de la maturité qui vous saute au visage. Et c'est le moment de se refaire une culture.
Pas en regardant de nouveaux films. Ou en reregardant les films qui nous ont marqué. Non, on n'a pas le temps pour ça. JE n'ai pas le temps pour ça en tout cas. Si vous saviez tout ce que je fais de mon temps (les restaurants, la peur des abeilles, le doute, la mort, les blagues, le nihilisme, les requins-tornades...). Enfin je veux dire, c'est pas comme si je faisais vraiment tout ça, mais je passe beaucoup de temps à en parler sur SensCritique. Et c'est devenu un peu comme un travail. Je me fais un devoir de proposer un contenu de qualité à mes 29 abonnés. 29 abonnés! Tous aussi exigeants les uns que les autres. Tous au taquet, toujours. Progressant sur la page d'accueil en tapinois. Toujours sur leurs appuis, toujours prêt. Chaque seconde que Dieu fait, ils sont à l'affût de ma prochaine critique exclusive. Prêts à la disséquer syllabes par syllabes, pour en extraire la quintessence, ou la médiocrité. Toujours à me demander où est passé le VernonMxCrew de la critique « Battleship ». La critique qui m'a projeté sur les feux de la rampe en moins de temps qu'il n'en faut pour cuire un œuf, et sur laquelle tout le monde est resté bloqué. On m'accuse de recycler mes propres idées, celles qui ont marchées à l'époque. On m'accuse d'avoir éculé mes propre création, mes propres effets. D'en avoir fait des clichés. En somme, on m'accuse de progressivement peindre la caricature du critique que j'étais avant. Ça m'énerve parfois. Ils ne voient pas tout le travail qu'il y a derrière. C'est du taf, ils se rendent pas compte... mais en somme ils ont raison. La question ne se pose pas en fait. C'est toujours les abonnés qui devraient avoir le dernier mot. C'est eux qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui. C'est grâce à eux que j'ai un toit au-dessus de la tête et un steak de tofu dans mon assiette. Je les respecte profondément pour ça. Et, donc, quand ça mini-buzz, ça me réchauffe toujours. Un petit like sur mon activité « tigres et dragons », et c'est mon cœur de cinéphile qui se gonfle.
Donc voilà, j'ai 839 notes à revoir. 839 partis pris cinématographiques qui, potentiellement, ne me représentent plus du tout, et qui donnent au monde d'Internet une version erronée de moi-même. Une version puérile peut-être même. Trente ans, c'est le moment de reprendre son image publique en main. Et ça commence par Sens Critique. C'est le moment pour moi de changer les notes, et de commenter à chaque fois à l'aide d'un commentaire bien senti. Un truc inattendu, qui joue sur les codes du cinéma, et sur les codes de l'esprit critique. C'est le moment de pas avoir peur d'oser, au risque de paraître un peu Too Much. C'est le moment de diversifier les genres. De montrer que je puise ma culture un peu partout. Dans toutes les époques. Dans tous les pays. Que je n'ai pas peur des sous genres. Que je les assume même à fond, quitte à leur donner une vitrine un peu Top Budget. Cela ne remettra jamais en cause mon investissement évident. Mais quand même, des fois c'est dur. Tarantino lui, il peut utiliser la musique pour appuyer ses délires à qualité variable. Mais bon, c'est le cinéma. Nous on a pas les sous pour ça. Nous le cinéma on ne le fait pas. On en parle. Et ça prend presque autant de temps figurez-vous.
Comme la liste dans Kill Bill, notre Collection représente autant de raisons, autant de lignes à cocher, pour changer d'ambiance toutes les dix secondes. Et ce de manière totalement arbitraire. Si le libre arbitre existe, il est clairement sur Sens Critique. On y prend ce que l'on veut, ce que l'on peut, les dessins animés même, pourquoi pas, et on régurgite tout ça aussi bien que possible. À notre manière. Et c'est déjà beaucoup. On rigole bien, il y a beaucoup de surprises. Du génie même. Mais quand on se refait toute la liste, on se rend compte qu'on a un peu esquivé la difficulté par moment. Et puis, y'a pas à dire, quand on essaie de parler d'un chef-d'œuvre, on se sent toujours un peu frustré. Toujours un peu en dessous de l'original. On régurgite comme on peut, en donnant tout ce qu'on a dans l'estomac parfois. En mettant la main devant la bouche d'autres fois.
Donc, après toutes ces réflexions cinéphilogastriques, j'ai décidé d'enlever un ou deux points à Kill Bill. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai trente ans, si c'est pour faire mon intéressant, ou si c'est parce que je viens de voir Tigres et Dragons. Mais par rapport au supermarché Kill Bill un peu tape-à-l'œil, Tigres et Dragons m'a donné l'impression de faire mes courses sur le marché de mon quartier, celui qui s'installe sur le parking entre les deux boulangeries artisanales concurrentes. C'était tellement plus fluide, tellement plus subtile, tellement plus drôle... et ça ne se limite pas aux scènes de combat (qui enterrent en quelques minutes les chorégraphies de kill Bill. Chorégraphies que je ne peux m'empêcher de trouver vulgaires maintenant). Ce sont les situations, à la fois magnifiques, grandioses et absurdes. C'est tellement poétique que les effets de réalisation, les idées de génie, passe devant nos yeux en catimini. Les effets ne nous sont pas jetés à la figure pour nous aveugler, ou pour nous occuper, comme quand on mange une pizza trop chaude pour être bonne. Depuis que j'ai vu ce film, la semaine dernière, j'arrête pas de repenser à Kill Bill, et j'ai en permanence devant les yeux l'image d'une énorme pizza Cannibale, celle avec des merguez, du steak, du poulet, et des fruits de mer pourquoi pas. Une pizza avec un max de viande de qualité moyenne. Bill, Quentin, Uma(umaya!), je suis désolé. Je vous enlève 2 points. J'agis un peu sur un coup de tête, j'en suis conscient. J'agis parce que je vois une pizza un peu écœurante qui flotte dans l'air. Et j'ai l'impression que si je finis cette critique, elle va disparaître. C'est un peu stupide. D'autant plus que je n'ai pas vu ce film depuis au moins cinq ans. Mais je n'ai pas le temps pour ces conneries. Je préfère que cela soit fait d'un coup sec, tant pis si c'est dans la douleur. Je veux passer à autre chose, le plus rapidement possible. T'es sympa Uma, mais moi aussi j'ai ma liste!