Dans la profusion de films de série B des années 1950 à 1960, je ne me lasse pas de ce sous-genre entre le film d’aventures et la science-fiction, où des êtres humains découvrent un continent perdu, une île non cartographiée, un bout de falaise inexploré et autres artifices géographiques possibles pour présenter un espace vierge de tout homme et qui lui est évidemment hostile. L’affiche vend monts et merveilles, avec d’impressionnantes créatures, encore mieux si ce sont des dinosaures, qui ne se retrouveront qu’en portion congrue dans le film, quand elles apparaissent.
Après Two Lost World (1950), Lost Continent (1951), et avant The Land unknown (1957) et The Incredible Petrified World (1960), voici donc King Dinosaur et son titre ronflant dans la petite liste de mes découvertes en la matière, merci à Bach Films et Artus Films pour l’exhumation de fossiles d’un autre temps.
King Dinosaur ne dévie guère de la présentation faite dans l’introduction de cet article, et sans surprise ne sera guère plus brillant que les autres de ses petits congénères faits de bric et de broc.
Reconnaissons-lui tout de même son audacieuse justification dans la découverte de ce nouveau monde attendu, avec une planète étrangère qui a tellement navigué dans l’espace qu’elle a décidé de se rapprocher tout près de la Terre et ça tombe bien car elle semble contenir de la végétation et donc de la vie. Une bien belle entorse à quelques règles scientifiques de base, c’est ça la magie du cinéma, en contrepoint du sérieux affiché de sa longue introduction composée d’images d’archives narrée par Marvin Miller.
Une expédition scientifique est dépêchée sur place pour aller explorer cette grande voisine planétaire. Ils vont bidouiller quelques machines, mais les quatre personnes présentes donnent surtout cette impression d’être en randonnée dans la forêt du coin, malgré les fusils, que pour le travail, batifolant ou suggérant de piquer une tête dans le premier lac venu. Pour les besoins du scénario, ils arrivent à se perdre dès le premier jour, les Castors pas si juniors n’en imposent pas des masses question crédibilité.
L’atmosphère est respirable, ce qui est bien pratique, et personne ne s’étonne guère de la faune présente, évidemment composée de différents animaux bien terriens, dans un gros pot-pourri qui va d’ours, de paresseux, de serpents, d’hiboux ou de crocodiles. Ce sont des plans découpés, peut-être même provenant de banques d’images, mais malgré tout bien intégrés au film grâce à la direction d’acteurs (il s’agissait de leur dire où regarder, pas de leur demander un jeu hollywoodien) et au montage, ils ne jurent pas.
King Dinosaur peut tout de même bénéficier d’une véritable ménagerie bien en chair pour les besoins du tournage et interagir avec les acteurs, dont le plus emblématique est ce petit singe (un lémurien aux poils touffus) dénommé Joe qui accompagne le groupe. Les autres créatures sont un crocodile ou un lézard et un iguane, qui, par la magie de la projection arrière, deviennent les menaces gigantesques qui feront craindre pour leur vie. Le King Dinosaur du titre est d’ailleurs probablement cet iguane gigantesque qui a droit à la plus grand part de la pellicule et qui arrive, comme de coutume, pour la dernière partie du film, histoire de justifier qu’il y a bien des dinosaures dans le film. Ce saurien est tout de même présenté comme un tyrannosaure, il fallait oser, même à l’époque.
Le film est un peu paresseux dans ses effets ou sa narration, même s’ils se révèle tout de même assez solidement mis en image par Bert I. Gordon, dont c’est le premier film en solo et qui aura une carrière fructueuse dans la série B par la suite. Il serait donc dans la bonne moyenne du genre, un peu malhonnête mais regardable.
Mais il possède malheureusement pour lui un ton assez arrogant, typique d’une certaine mentalité, aux curseurs plus relevés que chez d’autres concurrents. Il se présente comme un film à hauteur d’homme, avec les mentalités de l’époque. Joe, le petit singe est parfois balancé comme un sac à patates pour qu’il suive le groupe. Tout problème avec la faune locale se règle par un coup de fusil. A deux reprises on voit deux animaux s’affronter, d’abord un petit crocodile et notre célèbre iguane, puis toujours le même mais avec un lézard. Et ces duels semblent contredire le traditionnel qu’ « aucun animal n’a été blessé pendant le tournage », faute de trucages et la présence d’un sang qui semble bien réel. Les cadavres des vaincus ne semblent pas faux, croyez-en quelqu’un qui a vu plusieurs films avec la même idée et leurs artifices en carton.
Et quand bien même la région serait finalement hostile à l’homme, un peu de bon sens et l’équipe prendrait la fuite. La planète pourrait reprendre sa course, ils transmettraient leurs relevés et la science aurait pu avancer avec ces nouvelles découvertes. Non, ils prennent la bombe atomique qu’ils trimballent avec eux (une autre époque de confiance dans l’atome) et la font exploser sur la zone. Avec cette terrifiante phrase qui sera celle de conclusion et prononcée avec le plus grand des sérieux : « Nous avons amené la civilisation sur la planète Nova ». Elle a dû apprécier le cadeau. Fin. L’humanité en ressort grandie.