King Guillaume présente l’intérêt de revisiter le thème épique de la succession royale par le prisme de l’insignifiant, puisque tous les personnages, qu’ils soient résidents de l’île ou heureux héritiers de la couronne, vivent chichement une vie moyenne. Dès lors, le royaume cristallise à la fois les rêves de grandeur et d’ailleurs de ces individus et leur invalidation aussitôt formulés ou pris pour des réalités, puisqu’à la place du vaste territoire se substitue un caillou inhospitalier sur lequel vivent des marginaux. L’importance accordée au mensonge et aux non-dits insiste sur l’entreprise de fictionnalisation du réel qui nous permet de vivre en nous dupant les uns les autres ; elle est ici redoublée par la fragilité de l’épouse enceinte, qui doit à tout prix éviter les chocs.
L’île attire Guillaume et Magali comme pour leur signifier qu’ils ont en commun une condition située en marge des valeurs de la société contemporaine – la réussite professionnelle et financière – mais propose aussi un enchantement de cette banalité, enchantement fait de bric et de broc. Se tient là une métaphore de ce que représente Pierre-François Martin-Laval dans le paysage audiovisuel français : un honnête artisan de la comédie qui consacre lui-même son petit bout de cinéma familial fait de bons sentiments et d’une inventivité visuelle et tonale appréciable. Sa prestation en qualité d’acteur convainc également, bien davantage que celle de Florence Foresti, une fois encore en roue libre.