Malgré cette affirmation du peintre, le spectateur reste avec de nombreuses questions face au « Baiser » de Gustav Klimt, peint entre 1907 et 1908 : qui donne ce baiser, l’homme ou la femme ? Pourquoi ce précipice en arrière-plan vers lequel le couple semble se diriger ?...Klimt a commencé sa carrière de façon très académique, ce qui lui a valu la renommée à Vienne. Mais à la fin du XIXe siècle, il adhère au mouvement des sécessionnistes viennois qui veulent rompre avec l’académisme et quand il peint ce « Baiser », il a déjà amorcé un virage vers la modernité depuis presque 10 ans. C’est l’Art Nouveau autrichien qui s’inscrit dans le renouveau de la peinture européenne (les impressionnistes en France…). Les techniques utilisées par Klimt nous sont expliquées par des spécialistes de la restauration, comme l’usage de feuilles d’or ainsi que de feuilles de métal collées à la toile pour représenter le précipice. On sent autant l’influence sur Klimt des icônes byzantines du Moyen-Âge que de la peinture japonaise. C’est très intéressant.
Mais le grand mérite de ce documentaire de 49 mn est de ne pas qu’être hagiographique ; à la fin surtout, quand il s’interroge sur la postérité de ce tableau, entré dans la mémoire populaire, à travers des parodies, des publicités, des produits dérivés et même des adaptations cinématographiques. Indéniablement moderne, plein de sensualité voire d’érotisme choquant au début du XXe siècle, c’est le directeur du musée du Belvédère à Vienne où le tableau est conservé qui amène une nuance importante : oui, c’est une œuvre marquante jusqu’à aujourd’hui, profondément belle et étincelante grâce à l’or, mais non, elle n’est pas révolutionnaire car au début du XXe siècle, c’était l’époque des cubistes, des dadaïstes et des fauvistes. Eux étaient de vrais révolutionnaires, pas Klimt. Ce qui n’enlève rien à la fascination que continue d’exercer ce tableau sur le public, au contraire.