Un film (auto)biographique de fiction dans lequel les personnages sont incarnés par leurs personnes réelles n'aurait aucun intérêt à se limiter au biopic (un documentaire serait dans ce cas d'autant plus efficace). Dans Kneecap, tout nous fait penser à un vrai faux biopic : les rappeurs jouent leur propre rôle, et les éléments de vérité se mêlent à des éléments historiques. Kneecap est un manifeste, en faveur de beaucoup de choses, Belfast, l'Irlande, l'independance, la drogue, le sexe, l'amitié, la musique, mais avant tout en faveur de la langue vivante, ici le gaélique : le carton final, ouvrant le film à l'international, avertit que sur terre, une langue indigène disparaît tous les 40 jours.
Tantôt hilarant (et bourré d'autodérision, que ce soit sur l'effet de la drogue ou pendant les scènes de sexe), tantôt social et politique (et bourré de slogans, parfois écrits directement sur l'écran), le film est toujours radical, dans tous les sens. Cela se traduit par une générosité folle, accompagnée d'un rythme digne d'un sample : bref, on ne s'ennuie pas et on en a plein la vue. En multipliant les partis pris, Kneecap, manifeste en faveur de la liberté, fait œuvre et devient une invitation, quitte à interpeler directement le public avec une voix off, des regards-caméra ou des effets dessinés un peu dépassés, rappelant certains clips des années 2010 jouant entre l'anglais et le gaélique.
Le film, première réalisation intelligente et déjantée de son auteur, semble vivre sous nos yeux, avec ses qualités et ses défauts. Cet art poétique punk dérange volontiers, en se positionnant volontairement dans la marge. Pas étonnant que les membres du groupe soient embêtés par les puissants, censurés et interdits dans les festivals tant leur engagement est total. Pas étonnant non plus que Michael Fassbender soit de la partie, en tant que fan du groupe et invité d'honneur.