J'aurais aimé apprécier ce film présenté par certaines critiques comme l'achèvement magistral d'une trilogie autant que les précédents volets. The Tree of Life a été un moment unique de mon expérience de spectateur, tandis que To the Wonder annonçait une radicalité dans la forme qui m'avait enthousiasmé. Knight of Cups avance à priori avec les mêmes qualités que ces prédécesseurs. Même science du montage et du mixage, même sidération devant la beauté de la photographie. Mais il manque ici un fond que la forme fait pourtant mine de présenter comme une quête métaphysique. L'angoisse existentielle de ce Knight of Cups (traduit par "coureur de jupons" dans la séquence de la voyante) manque de transcendance : il vit un drame intérieur finalement assez convenu, ressassant les échecs de ses relations entre ex-compagnes, amantes et amoureuses tandis que le conflit familial, qu'on jurerait tiré d'un épisode de sitcom, prend des proportions bibliques démesurées. Le personnage de Natalie Portman, femme adultère et comblée par son amant, n'est qu'une ficelle scénaristique grossière pour ajouter un tourment supplémentaire au désespoir de Christian Bale. On passera également sur certains discours prétentieux énoncés par une voie off sentencieuse qui encombrent le récit de mysticisme new age.
Que reste-il alors ?
Le film est cependant porté par l'interprétation exemplaire de Christian Bale, dont la puissance d'incarnation finit par convaincre le spectateur des bonnes intentions du film. Si la réminiscence des souvenirs est parfois plombée par la minceur du propos, l'ampleur de la mise en scène finit par emporter le spectateur dans un tourbillon d'images et de sons. La radicalité du geste de Malick devra trouver peut être la prochaine fois un matériau plus solide.

Créée

le 27 nov. 2015

Critique lue 400 fois

Critique lue 400 fois

6
6

D'autres avis sur Knight of Cups

Knight of Cups

Knight of Cups

5

Sergent_Pepper

le 29 mars 2016

Suivre

L’omnipotence d’être distant.

Il y a quelque chose d’étrangement paradoxal dans la posture de Malick : c’est un cinéaste qui se fait désormais omniprésent, et qui ne cesse pourtant de nous affirmer qu’il nous quitte. Qu’il...

Knight of Cups

Knight of Cups

4

Antofisherb

le 12 sept. 2015

Suivre

Antofisherb in Deauville Vol 7 : Malick, heure de cassis

Avec ce Knight of Cups, il semblerait que Terrence Malick suive le même parcours que Paul Thomas Anderson depuis la dernière décennie. En effet, avec leurs respectifs deux ou trois derniers films...

Knight of Cups

Knight of Cups

10

Watchsky

le 27 sept. 2015

Suivre

La Quête de Sens

Los Angeles est une cité tentaculaire et immense dans laquelle il est aisé de se perdre. Avec ses multiples artères, ses buildings s'élevant jusqu'au ciel et sa région désertique qui l'entoure, la...

Du même critique

A Star Is Born

A Star Is Born

4

Olivier_Paturau

le 3 oct. 2018

Suivre

Gueule de bois

Passé une première demi-heure enthousiasmante, A Star is Born peine à convaincre et finit paralysé par des défauts d'écriture majeurs. Alors qu'il étire son récit sur deux heures et quart, le film...

Lost River

Lost River

3

Olivier_Paturau

le 9 avr. 2015

Suivre

Lost Highway

On ne reprochera pas à Ryan Gosling de ne pas faire preuve d'imagination. Il choisit de traiter du déclin de l'ancienne capitale de l'automobile, Detroit, vidée par la crise de ses habitants (qui...

120 battements par minute

120 battements par minute

8

Olivier_Paturau

le 24 juil. 2023

Suivre

L'armée des morts

Robin Campillo confirme avec son 3eme film qu'il est un des cinéastes de sa génération les plus passionnants. Il maîtrise aussi bien l'art de l'écriture (pas facile de mêler didactisme dans la...