On ne reprochera pas à Ryan Gosling de ne pas faire preuve d'imagination. Il choisit de traiter du déclin de l'ancienne capitale de l'automobile, Detroit, vidée par la crise de ses habitants (qui prend le nom ici de "Lost River") sur le mode onirique. Cette belle idée de mêler documentaire et réalisme poétique était probablement excellente sur le papier mais il manque ici un producteur qui aurait pu aider le cinéaste débutant à construire un récit resté au stade du brouillon (le film a pourtant été remonté depuis sa présentation à Cannes l'an passé). Passé le premier quart d'heure qui suscite l'intérêt, le film accumule les clichés, réduit les personnages à des silhouettes incarnées par des acteurs inexpressifs et s'épuise en vaines circonvolutions tandis que le récit s'étiole au fil de la projection. On est loin des références qui écrasent le pauvre Gosling : des plans copiés collés de Malick (enfant dans les prés), de Winding Refn (la photographie référencée de Benoît Debie, échappé de Enter the Void de Gaspar Noé et qui asphyxie totalement le film) et surtout de David Lynch auquel on pense le plus souvent. Mais je n'ai jamais ressenti pour ma part les instants de pure sidération esthétique que l'on trouve chez ses maîtres. Reste un film interminable (pour une durée d'une heure trente !), maniériste, confus et trop préoccupé à faire étalage de son savoir-faire chic un peu toc pour être vraiment convaincu qu'un cinéaste est né.

Créée

le 9 avr. 2015

Critique lue 3K fois

Critique lue 3K fois

53
5

D'autres avis sur Lost River

Lost River

Lost River

5

cinematraque

le 22 mai 2014

Suivre

Ryan Gosling et sa pancarte fluo "ATTENTION FILM ETRANGE!"

Véritable émoi sur la Croisette pour l’arrivée de Ryan Gosling. La foule immense dans la file d’attente prouve que c’est lui la vedette d’Un Certain Regard. C’est la première fois depuis que je suis...

Lost River

Lost River

7

mymp

le 8 avr. 2015

Suivre

How to catch a monster?

C’est ce qu’on appelle un retour de hype. Pour faire court, quand Ryan Gosling vient présenter Lost river à Cannes en 2014, son film se fait pas mal laminer. Gosling on l’aime bien, il est beau...

Lost River

Lost River

7

SanFelice

le 24 avr. 2015

Suivre

Paradise Lost

Le générique implante l'ambiance qui sera suivie tout au long du film, un mélange de nostalgie, d'enfance rêvée, et d'angoisse quasi-surnaturelle. Le lieu d'abord, qui compte tellement qu'il est...

Du même critique

A Star Is Born

A Star Is Born

4

Olivier_Paturau

le 3 oct. 2018

Suivre

Gueule de bois

Passé une première demi-heure enthousiasmante, A Star is Born peine à convaincre et finit paralysé par des défauts d'écriture majeurs. Alors qu'il étire son récit sur deux heures et quart, le film...

Lost River

Lost River

3

Olivier_Paturau

le 9 avr. 2015

Suivre

Lost Highway

On ne reprochera pas à Ryan Gosling de ne pas faire preuve d'imagination. Il choisit de traiter du déclin de l'ancienne capitale de l'automobile, Detroit, vidée par la crise de ses habitants (qui...

120 battements par minute

120 battements par minute

8

Olivier_Paturau

le 24 juil. 2023

Suivre

L'armée des morts

Robin Campillo confirme avec son 3eme film qu'il est un des cinéastes de sa génération les plus passionnants. Il maîtrise aussi bien l'art de l'écriture (pas facile de mêler didactisme dans la...