- Christian, veux-tu être le héros de mon prochain film ?
- Oui, monsieur Malick.
- Ok, c’est parti. Bob on tourne.
- Mais, je ne connais pas mon rôle.
- Aucune importance, tu es Rick, auteur à succès, très riche, comme toi. Reste comme tu es.
- Bien. Qu’est-ce que je fais ?
- Rien, tu penses.
- Je comprends, je médite, je cherche l’inspiration… pour mon prochain roman.
- Si tu veux. Très bien les yeux au ciel. Continue, Bob, on tourne !
- Et après ?
- Tu as trois femmes.
- Je suis polygame ?
- Non, trois femmes, trois divorces, trois villes, trois maisons sublimes, des lofts, des colonnes et des piscines. Jack !
- Oui, monsieur Malick.
- Je veux trois villas, immenses, blanches, vides avec des piscines bleues.
- Où ?
- Hollywood, San Francisco et Los Angeles, la Côte est, beaucoup de soleil et un peu de mer. Tu réserves une plage, une seule suffira. On filmera sur la route, note : immeubles, ponts, autoroutes, échangeurs, collecteurs… Un ascenseur aussi, si possible. Jack !
- Oui monsieur.
- Dégote-moi, toujours sur la route, une église et un curé. Un temple bouddhique et son bonze. Il m’en manque un… Une mosquée et un imam !
- Difficile pour la mosquée.
- Tant pis. On coupe. Christian, cite moi trois très belles femmes, tes femmes idéales !
- Liz Taylor.
- Non ! Contemporaines.
- Cate Blanchett, Natalie Portmann, Freida Pinto.
- Jack, tu les appelles immédiatement.
- Teresa Palmer, je peux aussi ?
- Si tu veux, j’ai besoin de putes, on les trouvera à Las Vegas. (…) Quelques clochards et un jeu de tarot. Jack, trouve-moi un vieux jeu. Tu prends la fille avec.
- Quelle fille ?
- La voyante, la tireuse de cartes. Putain, je dois tout expliquer. Bon, on a fini ? Ok. On bouge.
- Comment ?
- En voiture, on filmera en route.
- Je prends ma caisse.
- Non, j’ai une vieille décapotable, c’est mieux pour le vent dans les cheveux.
- Monsieur Malick, est-ce un film muet ?
- Mais non, j’ai plein de voix off et des sirènes, tu liras ton texte dans la voiture. On bouge ! Putain ! Un hélicoptère, Bob ! Filme ! Pense aussi à prendre un avion. C’est parti.
Intermède ludique : deux de ces tirades sont de moi, saurez-vous les identifier ? Vous aussi, jouez à écrire comme Terrence Malick !
- Où est-ce que je me suis trouvé ?
- Aimer et faire ce qu’il te plait.
- Le monde est un marécage.
- Pitié amour joie, tout le reste n’est que nuages, brumes, sois avec moi pour toujours.
- J’imagine la damnation, une vie perdue, sans sens.
- Tu vis en exil, étranger en terre étrangère, un pèlerin, un chevalier.
- Trouve la voix des ténèbres à la lumière.
- J’ai l’impression de toujours faire semblant… tel un espion.
- Ton esprit est un théâtre.
- J’ai une clef en mon sein nommée promesse.
- Je ne me sens pas coupable d’être autant amoureuse de toi.
- Tu es tellement silencieux, tu gardes tout pour toi.
- Est-ce que je t’ai trouvé ?
- Il y a tellement d’amour en moi qui ne se manifeste jamais.
- Je sais que tu as une âme.
- La lumière est dans les yeux des autres… la perle est retrouvée. FIN.
PS. J’ai beaucoup aimé Malick, j’ai défendu ses deux derniers films. The Tree of Life recélait une fascinante parabole. Les acteurs d’À la merveille se débattaient, vivaient, se déchiraient. Rien à sauver dans le dernier opus.