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Absurde Roumanie
Radu Jude a réalisé Kontinental '25 en une semaine, profitant d'une pause dans le tournage de son Dracula. Le cinéaste roumain poursuit ainsi la radiographie contemporaine de son pays, ici dans la...
le 4 juil. 2025
Ah Radu Jude, ce serait un euphémisme de dire qu'il n'est jamais le plus récalcitrant quand il s’agit de critiquer les grosses tares de son pays : la Roumanie. Et par la même occasion de croquer des portraits féminins assez marquants à travers des êtres qui doivent faire avec l'abyssale connerie ambiante. Bad Luck Banging or Loony Porn et N’attendez pas trop de la fin du monde, ses deux précédents films, en sont déjà des preuves.
Sur fond urbain de spéculations bien malhonnêtes, de gentrification, de bétonnage à tout-va — d'ailleurs, on a droit à une longue suite de plans muets, comme une pause dans l'intrigue, autour d'une thématique précise (comme le réalisateur les affectionne particulièrement !) ; ici autour des sujets exposés au début du paragraphe, avec ces chantiers moches, ces immeubles sans la plus riquiqui once d'âme — bref, sur ce fond, on suit quelques jours de la vie d'une huissière de justice, profondément secouée après avoir été confrontée à la misère de la manière la plus choquante...
Ouais, elle a choisi la pire profession qui soit pour quelqu'un qui ne supporte pas de s'en prendre à des pauvres. Regarder les images sur Internet d'un soldat russe, coincé dans un trou, qui se tue en faisant exploser deux grenades pour ne pas subir une mort plus douloureuse, en voulant éviter de se recevoir un drone dans la gueule, c'est OK, car c'est à distance ; faire un virement de 500 euros pour une famille dans le besoin, c'est OK, car c'est à distance. Même une amie de la protagoniste, qui accepte pourtant d'aller dans une décharge pour aider cette même famille dans le besoin, ne supporte pas de voir cette misère sous ses propres fenêtres et de sentir les désagréables odeurs qui en ressortent.
Ouais, Radu Jude interroge notre rapport à la misère, sans pour autant apporter des réponses simplistes toutes faites. Il constate, c'est tout. Et qui est-on pour juger alors que l'on ne vaut pas mieux ? Par exemple — je vous jure que je n'invente rien —, moi, alors que je faisais le trajet à pied pour aller voir ce film justement, une jeune SDF m'a demandé si je n'avais pas de la petite monnaie. Je lui ai dit que je n'en avais pas. Alors que j'en avais sur moi, pas beaucoup, mais j'en avais. Si je l'avais croisée, à la place, sur le trajet du retour, je n'en aurais toujours pas eu. Donc, le cinéaste montre l'humain tel qu'il est, sans la plus minuscule illusion, avec ses contradictions, ses hypocrisies, ses égoïsmes.
Ah oui, vous prendrez bien une mini-dose de racisme ? Oui, parce que quand le suicide d'un miséreux est médiatisé, les gens ne pleurent pas sur la détresse qui a poussé le malheureux à commettre l'irréparable (causé par l'expulsion de son logement qui doit être détruit pour laisser la place à... un hôtel de luxe !), mais préfèrent s'acharner sur les origines hongroises — évidemment étrangères — de celle qui serait responsable de sa mort, à savoir notre personnage principal.
Tiens, à propos de ce dernier justement, à travers une enfilade de plans-séquences bavards (Radu Jude oblige !) — pour bien faire ressortir les légers malaises que l'on peut connaître même durant les interactions les plus banales, y compris celles avec ses proches — filmés avec un iPhone 15 pour renforcer l'impression de réalisme, le tout bien aidé par des interprètes pleinement à l'aise dans ce difficile exercice... oui, donc, pour en revenir à nos moutons, à propos de ce personnage principal... malgré ses tentatives de changement, en ayant recours à plusieurs méthodes bien différentes (amie, famille, philosophie, alcool, sexe, religion), on suit une non-évolution...
Ce qui fait qu'on a une sorte de contrepoint ironique à Europa 51 de Roberto Rossellini (auquel Kontinental '25 fait référence par son titre, par son contenu et, pour celles et ceux qui n'auraient pas connaissance de l'existence de ce film italien, par l'apparition de son affiche — ressemblant à celle du long-métrage critiqué ici — au détour d'une scène !). En effet, dans cette œuvre cinématographique, l'héroïne incarnée par Ingrid Bergman évolue, elle...
Bref, pour conclure, il ne faut pas compter sur Radu Jude pour nous caresser gentiment dans le sens du poil. Par son regard frontal sur la misère (cela dès l'introduction !), son refus de toute consolation facile, le cinéaste nous met face à nos propres contradictions et à celles de la société. Ce n'est jamais plaisant à regarder et c'est pleinement le but...
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Créée
le 26 sept. 2025
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