A première vue, ce "Kraken" qui nous vient tout droit des pays nordiques, semble être un retour aux sources pour cette créature mythologique issue du folklore norvégien. Maintes fois adaptés dans d'innombrables oeuvres et sur d'innombrables supports (il s'invite même dans la mythologie grecque du "Choc des Titans"), il était temps qu'un cinéaste du cru reprenne les choses en main et nous livre la version définitive du mythe sur grand écran...ou tout du moins, un monster movie de bonne facture.
Et ça commence plutôt pas mal avec ces plans majestueux d'une nature qui en met plein les mirettes. Surtout, les premières apparitions du monstre nous rappelle ces images légendaires du requin des "Dents de la mer", des plans aériens où la forme de la créature se dessine dans toute sa monstruosité sous-marine, prête à engloutir des touristes innocents.
Puis l'histoire se concentre alors sur Johanne, une biologiste marine au passé problématique qui se retrouve à devoir collaborer avec son ancienne équipe pour une histoire d'élevage de saumons qui défie tous les principes écologiques défendus par Greta Thunberg. Sur place, elle y retrouve son ex, une histoire qui nous rappelle le superbe "Abyss" de James Cameron. Le récit prend son temps pendant une quarantaine de minutes et, au moment où on commence à se demander quand la créature va pointer le bout de son tentacule, ce dernier s'abat soudainement sur la station d'élevage où se trouve nos héros. Un peu comme certaines images de "Pirates des Caraïbes", le deuxième volet où Gore Verbinski a su magnifier la présence du Kraken à tout point de vue.
La petite équipe se réfugie alors dans la station et se retrouve poursuivie, à la fois par des tentacules adeptes d'infiltrations dans les conduits d'aération de la station (tiens, ça ressemble un peu à "Un cri dans l'océan") et par des parasites suceurs de sang qui semblent tout de même être sortis directement du "Cloverfield" de Matt Reeves. D'ailleurs, dans une scène mettant ces derniers en scène, un scientifique en surpoids se retrouve d'ailleurs aspergé d'encre au visage tout en hurlant de douleur...un peu comme dans "Jurassic Park" quoi.
Inutile de tourner autour du pot, le plus gros souci de ce "Kraken" est d'user de ses références dans chaque scène, chaque plan, si bien que l'identité du film se dilue totalement dans ses inspirations et ressemble plus à un quiz cinéphilique qu'à une réinterprétation du genre. Il faut ajouter à cela quelques choix franchement douteux du scénario (quel intérêt de montrer que l'un des scientifiques a de sérieux liens avec la culture japonaise alors qu'à aucun moment cela n'aura du poids avec les industriels japonais venus financer leurs productions de sushi? Pourquoi la créature secoue-t-elle une jeune ado dans tous les sens pour la poser délicatement sur le pont de la station? Et bordel, pourquoi ce personnage s'attarde autant de temps sur un parasite sachant que la réaction normale d'une personne est de s'enfuir en hurlant sachant que ce même parasite vient de vider une autre personnage de son sang devant ses yeux ???).
Dommage , car avec de belles images, de solides effets spéciaux et des acteurs qui font le taff , ce "Kraken" avait une base solide pour être un film de monstre marquant. Mais quand on a rien à dire, il est préférable de passer le flambeau à des créateurs animés par une vraie passion plutôt qu'une envie compulsive de recycler qui ferait passer les studios Disney pour le chantre de l'originalité à Hollywood.