Après avoir rendu hommage au shambara dans Zatoichi, Kitano revient sur le terrain du maître : le film de samouraï en armure.
Il y a des aspects très réjouissants. Revoir ces hommes en armure portant des fanions, ces jardins zen dans lesquels se trament des intrigues alambiquées, ces forteresses aux lourds contreforts en pierre surmontées de palissades de pieux, ces villages bordés de rizière où travaillent de pauvres bougres, ces bordées de flèches, ces clairières à embuscade, ces larges champs de bataille couverts de troupes, ces inserts sur des cavaliers chargeant... Oui, si tu aimes Ran, tu seras heureux. Les travellings, les plans fixes, le montage, tout est merveilleusement harmonieux.
Mais nous ne sommes pas chez Kurosawa. Nous sommes chez le Kitano post-Outrages. Un conteur d'histoire qui a cessé d'aimer ses personnages. Tous sont naïfs, cyniques, vénaux, minables, sans foi ni loi ou ridicules. Et toutes les scènes qui pourraient se référer au code des samouraïs sont systématiquement traitées sous l'angle de la bouffonnerie. Avec donc le leit-motiv de la tête tranchée ("kubi" veut dire "tête" en japonais).
(Jeu à boire : boire à chaque décapitation. Bon courage).
Je peux comprendre l'idée d'un film où il n'y a aucun personnage auquel s'identifier. Mais je retrouve le même jeu de massacre répétitif et vain que dans Outrages. A peine un personnage est-il tué que son bourreau est lui-même destiné, dans le quart d'heure qui suit, à mourir de diverses manières. Et la violence, Kitano sait toujours la filmer de manière dérangeante (la palme au personnage d'Oda, dandy sadique et psychopathe). Tout cela ne mène à rien. Le message c'est quoi ? Que la vie est un néant : des crétins s'entretuent pour rien, la seule chose à faire est d'en donner une interprétation stylisée. Super.
On est loin de la tendresse qui affleurait dans Hana-Bi ou Sonatine. (Ne pas regarder en arrière).
La palme à ce dernier plan : le jeu de massacre s'arrête avec le meurtre de Mistuhide, et son assassin donne négligemment un coup de pied dedans.
Kubi est visuellement un beau film de samouraï, hélas sa violence misanthrope et vide de sens n'en fait qu'une transposition dans un film de Kurosawa d'Outrages. et vous l'avez compris, je n'aime pas Outrages.