Datant de 2017, Kurangu Bommai est le premier film écrit et réalisé par Nithilan Saminathan, connu par chez nous pour avoir écrit et réalisé Maharaja, un thriller à tiroir haletant jouant sur plusieurs temporalités, commençant comme une comédie sympatoche et finissant par piétiner à coups de claquettes la tronche du spectateur hébété. C’est donc sans grande surprise qu’on découvre que ce « Portrait de singe » est un polar suffocant, tricoté sur une chronologie déstructurée et débutant tranquilou avant de s’achever dans un tabassage en règle du spectateur effaré. Mais si Maharadja bénéficiait d’une réalisation élaborée et d’un budget conséquent, ce Kurangu Bommai a visiblement été bricolé l’arrache, sans moyen et en vadrouillant dans les rues de Chennai avec une caméra légère. Certes, dans ses intentions narratives, le film apparaît comme une répétition de Maharaja, travaillant certaines astuces et préparant son final abominable qui ferait passer Seven pour une douce comédie romantique. Mais ça n’est pas forcément par là que le film s’impose aujourd’hui : L’histoire repose sur trop de facilités scénaristiques pour imposer sa (double) révélation (ultra)dégueulbif et la précision d’horloger suisse qui participait à la jouissance que procurait son deuxième film tourne souvent ici à la ratatouille confuse. Rien de rédhibitoire cependant, et le casting affiche une équipe efficace et solide de gueules connues, permettant de faire couler tout ça… Mais surtout, la force de Kurangu Bommai et son principal intérêt réside dans cette plongée tête la première dans les bas-fonds de Chennai et le spectacle quasi documentaire très impressionnant qui en résulte. C’est tout aussi éprouvant que fascinant, c’est une fenêtre ouverte vers un monde que j’ai rarement vu dépeint de cette manière et avec cette force au cinéma… Bien sûr, j’imagine bien qu’il n’y a rien de bien inédit ici et ma relative méconnaissance du pays et de son cinéma a participé à l’accueil favorable que j’ai pu faire à ce film. Mais la réalité est là, au-delà de son récit de polar ultraviolent pas toujours maîtrisé, Kurangu Bommait est un témoignage néoréaliste impressionnant.