Inspiré d'un fait divers pour le moins intriguant, L’Affaire Bojarski a avant tout l'intérêt de son histoire (et pas de son scénario).
Le casting est assez bon, globalement dans la retenue, c'est alors d'autant plus dommage que le réalisateur prenne à ce point le spectateur pour un abruti.
En effet, certaines scènes fonctionnent très bien, notamment lorsque le film se concentre sur les gestes, les regards, le temps long du travail et de l’obsession.
À ces moments-là, le récit trouve une vraie densité et parvient à capter l’attention sans forcer.
MAIS, c'est là que le bat blesse, la réalisation propre, simple mais globalement peu inspiré.
reste enfermée dans une forme très classique, trop appliquée; fondée sur des champs/contre-champs systématiques, souvent assez courts, qui structurent la plupart des scènes de dialogue.
Cela permet une lisibilité constante, mais enferme aussi le film dans un découpage extrêmement balisé, scolaire : les champs sont courts, les scènes souvent découpées en unités fonctionnelles, et le montage privilégie la progression narrative au détriment de la tension interne du plan. Là où un plan plus long, ou un léger déséquilibre dans le cadre, aurait pu installer un malaise ou une ambiguïté, le film préfère relancer rapidement la scène suivante. Celadonne un rythme fluide, mais empêche certaines situations de réellement s’imprimer.
Il y a assurément une peur du vide dans la mise en scène : peu de silences prolongés, peu de plans qui acceptent l’attente ou l’inconfort (il y en a quelques uns mais trop peu).
Et le problème majeur de ce film est là, on a l'impression que le réalisateur a peur que le spectateur ne comprenne pas ses intentions, alors il nous les fait expliquer 18 fois par les personnages....
Le film commente ce qu’il montre déjà, verbalise systématiquement les motivations, les enjeux, les conflits intérieurs. On a compris assez aisément qu'il ne faisait pas que cela pour l'argent, qu'il avait une soif de reconnaissance etc alors pourquoi le faire dire de manière aussi frontal et peu subtil par tous les personnages...
Là où les situations et les acteurs suffiraient à faire passer l’information, le film insiste, explique, reformule, ce qui crée une impression de lourdeur et fait perdre la force suggestive propre au cinéma.
Ce qui aurait pu rester ambigu, troublant ou ouvert devient démonstratif, inutilement appuyé.
Finalement c'est un film regardable, parfois efficace, avec une distribution de qualité, ce qui sauve le film, les acteurs étant davantage dans la retenue que le réalisateur et le dialoguiste...