Des faux sans défauts. À sa manière, Jan Bojarski était un artisan autant qu'un artiste, capable de reproduire les billets de la Banque de France à la perfection. Si ses agissements avaient vaguement inspiré la comédie peu ambitieuse Le jardinier d'Argenteuil (1966), avec Jean Gabin, L'affaire Bojarski entend être le plus fidèle possible à l'aventure de cet escroc, génie de la contrefaçon. L'histoire est passionnante et son point fort se situe dans la reconstitution de l'époque, celle des Trente glorieuses, celle-là même, décidément très en vogue, troussée par Pierre Lemaitre dans la tétralogie qu'il vient tout juste d'achever. Intéressant aussi de mettre en perspective, dans la société française de cette période, la position d'un émigré polonais victime d'une xénophobie latente. C'est peut-être d'ailleurs dans cet esprit de revanche sociale que s'inscrit le désir de défi, voire de reconnaissance, de Bojarski. Quoi qu'il en soit, ce dernier conserve une part de mystère, dans un film qui s'inscrit dans une veine classique du cinéma hexagonal, mais la mise en scène de Jean-Paul Salomé ne possède pas hélas la densité et le sens du tragique d'un Melville ou d'un Clouzot, par exemple. Reste une histoire qui valait la peine d'être racontée et remarquablement interprétée par Reda Kateb, Bastien Bouillon et Sara Giraudeau. A défaut d'un caractère épique espéré, on se contentera du romanesque de ce parcours obsessionnel.