Le destin de Jan Bojarski est éminemment romanesque et par conséquent naturellement cinématographique. Immigré polonais sans papiers, inventeur de génie, honnête père de famille, il va mener une double vie et devenir pendant plus de vingt ans la bête noire de la Banque de France, inondant le pays de centaines de milliers de faux billets plus vrais que nature, au nez et à la barbe de l’inspecteur Mattei, Meilleur Flic de France.
C’est une histoire fascinante, dont Jean-Paul Salomé ne parvient pourtant à tirer qu’un polar figé par l’académisme de sa mise en scène, sans saveur ni éclat.
On se croirait dans un épisode de Maigret (version Simenon) devant lequel on somnole poliment, par respect pour des comédiens qui font ce qu’ils peuvent pour donner un peu de vie à une intrigue qui en manque cruellement. Ils sont d’ailleurs irréprochables, que ce soit Reda Kateb, Sara Giraudeau ou Bastien Bouillon.
Mais trop de choses ne vont pas dans L’Affaire Bojarski : les scènes de bagarre caricaturales, les fusillades qu’on croirait tournées pour une parodie, les dialogues convenus, sans parler de l’accent polonais de Lottin… Tout cela manque douloureusement d’idées, de nuances. Et d’énergie.
Le jeu du chat et de la souris entre Bojarski et Mattei aurait dû insuffler rythme et suspense ; il parvient à peine à susciter un peu de tension, le temps d’une scène dans un bar d’hôtel. C’est bien peu. Et c’est surtout bien dommage de gâcher ainsi le fascinant destin du « Cézanne des faux billets » par un traitement bien trop mou et conventionnel.