Un Agent Secret est un film qui mélange les genres, en se définissant d’abord comme un thriller politique rendant hommage au cinéma, mais qui se caractérise aussi par des touches dramatiques, comiques, surnaturelles, documentaires,... et autobiographiques car l’histoire se passe en grande partie à Recife, ville où a grandi le réalisateur Kleber Mendonça Filho et qu’il adore filmer. Le résultat peut donner une impression de fourre-tout mais le tout est en réalité bien dosé
Oui le film dure 2h40 et la première heure nous balade sans qu’on comprenne où l’histoire nous emmène. Et pourtant, le film accroche dès le début. D’abord grâce à la narration subtile sans dialogues d’exposition. La scène d’ouverture en est le parfait exemple avec son ton à la fois décalé et anxiogène qui pose le contexte du film sans explicitement le dire: le Brésil des années 70 en pleine dictature militaire. La tyrannie qui règne n’est pas montrée frontalement, mais suggérée par cette corruption omniprésente et les plans toujours plus insistants sur les portraits du président au pouvoir. Ensuite, on est complètement immergé dans ce Brésil de 1977 avec ses voitures d’époque, les styles vestimentaires, la chaleur ambiante.
Malgré quelques scènes violentes et sanglantes (le réalisateur nous avait habitués à plus brutal avec Bacurau - prix du jury à Cannes en 2019), la vraie tragédie n’est jamais montrée mais racontée et suggérée grâce à un jeu de narration qui prend toute sa force dans la dernière scène du film, qui révèle tout en subtilité la palette d’acteur de Wagner Moura qui porte ce film et justifie amplement son prix d’interprétation masculine à Cannes 2025. Le reste du casting est tout à la hauteur, donnant vie à des personnages parfaitement caractérisés, qu’ils soient secondaires ou même tertiaires (mention spéciale à Dona Sebastiana).
Il s’agit d’un film qui prend son temps et qui pourra rebuter certains spectateurs qui s'attendraient à un film d’espionnage type James Bond. La fin, qui en frustra plus d’un, peut également agacer. Mais elle donne la dernière clé pour comprendre ce que cherche à raconter Kleber Mendonça Filho au travers de ses derniers films: la mémoire.