Comment parler de ce film sérieusement sans le "divulgâcher" ?

Son seul intérêt réside vraisemblablement dans la manière dont il est supposé pousser le spectateur à deviner l'intention du réalisateur. J'imagine qu'il veut que l'on entreprenne la même démarche que les deux seuls personnages du film qui cherchent à se souvenir du passé - dans un pays où la recherche historique est passible de mort, je suppose, après tout on est encore en amérique latine !


Mais alors le mec il oublie un truc : il faut d'abord susciter l'intérêt pour motiver la recherche - il faut stimuler la curiosité!

Or dès la première scène, dont on comprend qu'elle est supposée générer une tension, j'hésitais entre la nervosité et l'ennui. Si elle avait pour but de montrer la complète corruption de la police brésilienne des années de dictature, de la même manière que le chef de la police locale qui se réjouit à répétition du nombre de morts durant le carnaval, et se fait le complice des tueurs, etc... Oui bin en fait je m'en fous!


Enfin bordel arrivé à la moitié du film, et ça représente déjà 1H 20, et la fin de ma deuxième portion de visionnage tellement il est soporifique, JE NE SAIS TOUJOURS PAS QUI EST LE PERSONNAGE PRINCIPAL ni pourquoi il fuit! Et d'ailleurs - on ne saura jamais pourquoi il fuit! Pourquoi l'autre veut sa mort? Simplement parce qu'il peut se payer des tueurs et que c'est un empafé? Mais TOUS LES REPROCHES QU IL FORMULE ENVERS LE PERSONNAGE PRINCIPAL SONT JUSTIFIES! Ce chercheur s'est attribué un brevet sur des recherches financées par des fonds publics !!! Et vraisemblablement ses recherches en cours n'avaient effectivement aucun intérêt !!! Et que doit-on comprendre? Que le patron pourri a déjà fait tuer son épouse? Mais qu'il ne lance un contrat contre lui qu'après, à la réflexion, dans une seconde démarche ?


Alors d'une : ce film-ci reprend la structure, que dis-je, la trame du précédent film de Kleber, qui souffrait déjà de sérieuses lacunes de rythme - mais c'était de la rigolade comparé à celui-ci, où de nouveau, le récit est divisé entre les scènes avec les gentils, et celles sur la préparation de la traque par les méchants tueurs. Mais, ça ne crée aucune tension, et en vrai, je m'en FOUS de ces tueurs ! Tu as compris Kleber? Ces scènes n'ont AUCUN INTERET !


Et alors le truc là, de nous montrer soudain au bout de 3/4 h que tout ce que l'on sait (enfin, c'est ce que l'on n'est supposé comprendre qu'à la fin, parce que ça ne tient pas du tout la route, c'est complètement incohérent avec ce que l'on a vu depuis la première scène) de ce qui est arrivé ne passe que par l'étudiante rémunérée (par une organisation privée dont on ne sait rien) pour écouter des bandes magnétiques enregistrées (pourquoi?) par celle qui organise la fuite des réfugiés... Très pratique, dans la mesure où ça permet d'arrêter le film en cours de récit pour passer direct à une scène post-investigation où l'étudiante retrouve le fils du personnage principal, qui lui non plus ne veut pas exhumer le passé, OK MESSAGE BIEN PASSE !

Donc, soudain, comme ça, sans raison, on ne sait pas comment le personnage principal inexpressif à la tête de cartoon se fait finalement rattraper par les tueurs, alors qu'on a déjà vu plein de scènes qui n'ont certainement pas été racontées ni enregistrées, mais pas grave, la cohérence du récit à trous fin chiant, on s'en bat les couilles !


Hé, Kleber, écoute un peu ça : ton film foireux , il y a d'autres gens que les hypocrites de cannes qui risquent de le voir! Les amateurs de cocktails mondains qui récompensent les films les plus casse-burnes simplement parce qu'ils ont un message gauchisant !


Le message du film n'en fait pas un bon film ! Répète après moi !

Le message du film n'en fait pas un bon film !


Et ce titre... Tu paieras pour ça, Mendoza !


Nota Bene : Notre bon Béber croi sûrement pratiquer le mélange des genres, alors qu'il se contente d'entrecroiser des intrigues disjointes sans les creuser. Au lieu de consacrer un court-métrage, ou même un film d'horreur parodique, à la jambe hirsute trouvée dans un cadavre de requin qui se met à terroriser la vie nocturne de la ville, il rallonge son film avec des scènes sans intérêt dans son "économie globale". Toutes les scènes consacrées aux tueurs avant qu'ils ne retrouvent leur proie, elles, échouent complètement à créer un suspense - si c'était leur but, si elles en avaient seulement un (Filho recopiant paresseusement la structure de Bacurau).

L'art est supposé être une pure création construite de manière à se donner une forme qui paraisse légitime - une oeuvre réussie nous fait oublier que les choix y sont arbitraires, parce que les détails prennent un sens dans une démarche et dans une structure d'ensemble. C'est ce qui manque particulièrement à l'oeuvre de Filho. J'en donnerai pour conclure sur ce point un exemple infime, qui résume tout le film : une scène se conclut sur l'industriel réclamant qu'on fasse un trou dans la bouche du fuyard (dont on vient de découvrir au bout d'1h30 qu'il est en fuite, on s'en doutait mais enfin franchement rien n'était moins sûr) - et la scène suivante s'ouvre sur un pseudo examen dentaire dudit fuyard, mais un examen pour de faux, juste pour rire. Transition absolument arbitraire, juste pour la figure de style, hélas plus creuse qu'une "cavité".

Ecrire un scénario n'est pas facile. J'en suis incapable. Mais Kléber me donne l'impression d'égréner un peu tout ce qui lui passe par la tête, ce qui l'intéresse ou lui plaît sur le moment, sans souci pour le spectateur. Mais je ne considère pas le cinéma non expérimental comme ce genre d'art autocentré. Il est même l'inverse. Il doit toujours prendre en compte la réception du spectateur. Et pas simplement résulter du bon plaisir d'un mec qui donne des ordres à toute une équipe payée avec le fric d'un autre. Cette singerie d'indépendance est inconséquente, et elle pourrait coûter cher à un Ari Aster, par exemple. Parce qu'à un moment (pas en france ni dans les états où le copinage reste le seul critère), le financier réclame un retour sur investissement. Alors tu comprends que tes petits délires, tu dois les payer avec tes sousous, ou bien rentrer dans le rang.


ChatonMarmot
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le 27 janv. 2026

Modifiée

le 29 janv. 2026

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ChatonMarmot

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