Récompensé lors du dernier Festival de Cannes, L’Agent secret est présenté comme le nouveau thriller politique de Kleber Mendonça Filho. C’est du moins ce qu’en dit la fiche du film, la réalité, elle, s’en éloigne sensiblement.
Le film s’ouvre sur une scène qui laisse entrevoir une vraie maîtrise de la mise en scène et une tension prometteuse. Promesse hélas vite égarée. Car ce que Mendonça cherche ici n’est pas le suspense, mais le symbole. Son récit se déleste rapidement de la mécanique du thriller pour pour se transformer en un manifeste filmé, où l’idée prime sur la mise en scène.
L’ambition politique est omniprésente, parfois même admirable, mais elle s’impose au détriment du cinéma lui-même. Une histoire simple n’a rien d’un défaut encore faut-il, qu’elle trouve sa propre nécessité. Or, L’Agent Secret peine à maintenir cet élan. Sa dernière partie retrouve enfin un souffle, mais le film s’alourdit en milieu de parcours. Un montage plus resserré et un rythme plus dynamique auraient sans doute permis de maintenir l’attention du spectateur.
On sent chez Mendonça une sincère volonté de vérité, il veut rendre ses personnages authentiques et l’intention est louable, mais il s’enferme dans une démonstration qui frôle parfois le téléfilm. Certaines scènes n’existent que par leur portée politique, au détriment du récit, si bien que le spectateur, tenu à distance, peine à s’y attacher. Le film s’enferme dans une posture de commentaire trop conscient de ce qu’il veut dire, pas assez habité par ce qu’il montre. Le manque de subtilité finit par alourdir l’ensemble.
Malgré ses errements, le film parvient parfois à toucher juste. Par moments, des éclats surgissent, Wagner Moura en est l’une des principales forces, même si son interprétation ne laissera sans doute pas une trace durable. La représentation du Brésil est aussi l’un des points forts du film, l’ambiance, la complexité du pays et la mélancolie politique imprègnent chaque image. Les thèmes abordés sont riches, mais trop rarement exploités par la narration fictive censée les soutenir.
Avec un scénario plus étoffé et une recherche esthétique plus affirmée, les messages que Mendonça souhaite transmettre auraient sans doute gagné en puissance. En l’état, il reste un film de bonne volonté, animé d’une pensée, mais prisonnier d’elle.
Cannes, une fois encore, semble avoir préféré saluer la portée politique d’un film plutôt que ses véritables qualités de cinéma.