La scène d’ouverture de l’Agent secret est la meilleure scène du film. Pour autant elle offre une promesse que le film ne tiendra jamais.
Cette tentative de synthèse entre la douceur nostalgique de son premier (et meilleur film), Les bruits de Recife, et la satire horrifique portée par Bacurau, est d’abord et avant tout un film d’atmosphère, certes très romanesque. Est-ce suffisant pour en faire un grand film de cinéma ? Pour la « critique », assurément, car il coche bien des cases : un cinéaste étranger déjà reconnu, un acteur charismatique dans le rôle d’un protagoniste moralement irréprochable, pourchassé par de vilains tueurs à la solde de la dictature militaire, et le tout à une époque et dans un pays objets de tous les fantasmes. KMF, PTA, même combat ?
(Sur)vivre c’est résister, résister c’est vivre pleinement. Entendu. Le film, écrit en partie dans un bureau de l’Utopia Bordeaux, a énormément de qualités de mise en scène et donne vie à une pléiade de personnages, mais il use et abuse aussi de métaphores trop appuyées, à l’image de cette fameuse jambe poilue en mode Dents de la mer ! Ce qui pourrait s’entendre pour esquiver la censure par temps de dictature, interroge au temps présent. Et puisque critiquer ce n’est pas être en empathie ou non avec des personnages mais dialoguer avec un auteur, je ne peux m’empêcher de regretter tous ces éléments superflus, et qu’il émane de ce film sans secret un vague soupçon de narcissisme.
Pour boucler cette année 2025, je dirais finalement qu’il y a bien davantage de cinéma chez Serra qui continue à déployer toutes les puissances du cinéma pour mettre à nu les figures du pouvoir – sur 2000 ans d’histoire ! – ou chez Lapid et Jude qui jettent en pâture des personnages ambivalents et peu aimables en proie au chaos de notre époque.