Donner à voir l’invisible c’est le propre de l’art, et du cinéma en particulier. Dans Le chant des forêts, Vincent Munier nous invite à soulever le voile de la brume qui recouvre les forêts vosgiennes de son enfance. Pour y parvenir, lui et son père entraînent le petit dernier de la famille, et à travers lui tous les spectateurs, à se taire, à patienter sans bouger, et à écouter et regarder. Comme au cinéma.
Ode au bruissement du vivant, éloge du silence et de la lenteur, art de l’affût : la famille Munier met en scène un autre rapport au temps, afin de nous (re)connecter et de nous réconcilier avec le monde. L’oreille, organe de la crainte la nuit, nous fait alors percevoir des cris d’animaux qui nous bouleversent, avant d’en apercevoir les auteurs, certains menacés de disparition.
Le film n’a fort heureusement pas recours aux ficelles dramaturgiques habituelles du documentaire animalier (proie vs prédateur, scènes de reproduction, succession des saisons…), même si l’on n’échappe pas à quelques passages didactiques inhérents à la volonté de transmission du réalisateur. Pour autant, la passion que ces « guetteurs de lune » manifestent pour des moments de grâce éphémères produit des images d’une grande beauté ; les nombreux plans en clair-obscur figurent des correspondances entre microcosme et macrocosme.
D’où nous vient cette fascination pour des gestes ou des situations finalement si banales : nostalgie de la coexistence des espèces ou intuition d’une fin proche ?
Et que restera-t-il lorsque ces espèces, et la nôtre, auront disparu ? Des traces, des éclats de vie qui nous survivront, peut-être.