Brésil.
Récif …la ville .
En 1977.
Dictature militaire.
Pays aux multiples corruptions .
Absolument sans liberté , évidemment !
L’ incipit….Une station d’ essence dans un vaste paysage hostile . Une voiture coccinelle de couleur jaune dorée.Le protagoniste, au volant, va prendre de l’ essence ..Dehors , allongé et inerte , un corps humain mort et recouvert d’ un carton ……Étrange, non ?
Il est des films qui sont limpides , trop limpides …..Ici , ce long métrage exigeant ne se livre point comme cela . ….Kleber Mendonça Filho nous propose une odyssée labyrinthique au fil des moments du protagoniste, incarné par Wagner Moura, qui a reçu le prix d’ interprétation masculine au festival de Cannes, au printemps dernier.
Ce long métrage , étonnant et émouvant, nous plonge dans le quotidien des brésiliens sous une dictature de silence pesant , de cris d’orfraie, de non - dits assourdissants avec des personnes humaines patibulaires, débonnaires ou antiques . Tout suinte la corruption. Tout est poli aux petits oignons perfides et abjects. Tout est métaphore. Tout infuse des torrents de questions sans réponse parfois….. Comme le protagoniste, nous nous posons des tas de questions, nous errons mentalement au fil du récit sinueux et subtilement inquiétant. Tout est en friche . Tout infuse dans les apparences qui mentent ou qui révèlent …Nous sommes en enquête existentielle dans ce pays sans espérance collective…Nous sommes rivés au réel ou , tout au moins , autour d’ une idée de la réalité….En un moment perturbant et pertinent, nous sommes immergés , en un simple cut, brutalement de nos jours , au Brésil, face à une jeune femme qui étudie méticuleusement les archives de son pays au temps du protagoniste…Elle écoute les archives sonores du protagoniste…..Ainsi, tenter d’ analyser le passé dictatorial brésilien à la lumière des faits , des contextes permet de mieux comprendre un processus politique, social ou tout simplement humain….Le temps passe …Les invariants demeurent…. Les tendances autoritaires, toujours possibles, infusent progressivement la densité du « climat » de cette œuvre cinématographique qui nous montre , mine de rien , les processus de la négation des droits des hommes et des femmes au sein de la vie quotidienne….Le silence peut tuer ….aussi ! Le silence des pantoufles peut être plus effroyable que le bruit des bottes ou des flingues !
Écoutons le réalisateur de Bacurau:
https://www.arte.tv/fr/videos/122119-016-A/conversation-avec-kleber-mendonca-filho/
Oui , le cinématographe est encore un art vivant , touchant qui nous pousse à réfléchir sereinement et lucidement.
Oui, le final de L’ agent secret convoque le présent avec la présence des empreintes diffuses du passé aux couleurs délicates et délicieusement étriquées ……Un long film dont on ne sent pas la durée ……Une grande œuvre cinématographique dont on ressort plus lucide …..Un fort long métrage parfois grotesque , parfois burlesque, parfois violent , parfois hirsute, parfois irréductible, parfois étrange et parfois déroutant mais simplement révélateur de la vie humaine , de ses affres et de ses intensités particulières, irritantes et spectaculaires .
Merci pour la lecture.
Gérard Michel