Il est écrit dans le livre d’une religion monothéiste : « …Tuer une âme , c’est tuer toute l’humanité… ». Cette phrase est prononcée par une des protagonistes de ce long métrage qui témoigne des onze derniers jours de Samuel Paty jusqu’ au 16 octobre 2020 et présenté au festival de Cannes en ce moment.
Évidemment, eu égard au contexte politique et géopolitique, le sujet de ce long métrage honnête, au net et précis se voit récupéré par l’extrême droite de manière cynique et pernicieuse et par l’extrême gauche qui y voit une œuvre cinématographique servile aux allégations de la droite extrême et de l’extrême droite qui dans le sillage de deux milliardaires a , de plus en plus , de domination culturelle en France …... Ici et maintenant et plus que jamais, je pense qu’il faut toujours raisonner et résonner par soi - même et ne pas se faire « hypnotiser » par des influenceur.ses sur des réseaux sociaux x, y , Z et cetera ……
« …..Le blasphème fait partie des droits de l’homme , pas des bonnes manières.. » ( d’André Comte - Sponville ).
Naturellement, je pensais que ce sujet serait traité par la forme du documentaire. Vincent Garenq a choisi le biais de la fiction. À la réflexion il a eu raison car la force glaçante de cette œuvre cinématographique ,dense et pénétrante , dissèque la montée de la sinistre machine à éradiquer une vie , tel l’effet papillon, bien connu des météorologistes !
« …..Blasphème : prière d’athée .. » ( de Georges Elgozy ).
Pertinemment, la folie intégriste utilise les non - dits et les interprétations qui vont faire que cet enseignant sera décapité en pleine rue il y a un peu plus de cinq années ….Il est bon que le septième art traite de cette forme de manipulation collective qui aboutit inexorablement à ce drame prévisible….
Franchement, la dialectique infernale du mensonge et de la propagande médiatique conduit à cette phrase : « ….Les mots des salauds arment les bras des imbéciles… »!( phrase prononcée dans Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli).
Attentivement, le film met en lumière la solitude mentale et physique de Samuel Paty qui n’a commis aucune faute et qui , malgré cela , est laissé ou mis de côté . Ce film le prouve avec sobriété , sans affect mais avec intensité.
Progressivement, la stratégie émotionnelle de ce long métrage, fort complet et passionnant, nous place face à nos sens, notre conscience et nos capacités de solidarité lucide …..
Ataviquemment, le poids des mots doit être pesé , ruminé et échangé vraiment avec les autres et ainsi, essayer d’éviter, les amalgames et les anathèmes ainsi que la spirale de la violence verbale puis physiquement réelle, abjecte et dangereuse ……Oui il y a des mots qui tuent , plus exactement qui induisent la tuerie vers autrui , cet autrui différent,voire qui gêne jusqu’à lui ôter la tête au sens propre…..
Symboliquement, le regard du comédien, Antoine Reinartz, se fond ,peu à peu , dans les yeux du très regretté Samuel Paty…..Au passage , je signale que l’écrivaine Emily Frèche dévoile les coulisses du procès des huit personnes accusées d’avoir apporté leur concours à cet assassin en 2024 à la Cour d’Assises spéciale de Paris.( lire son essai : Un séisme , prix du livre politique 2026,aux éditions Albin Michel).
Intelligemment, ce film démontre les bienfaits de la laïcité , toute la laïcité, mais rien que la laïcité , et plaide pour le vivre ensemble au quotidien en sachant que le droit au blasphème n’est pas du racisme ou du mépris mais un droit humain , comme celui de croire et de ne pas croire en notre République à nourrir à chaque instant présent ….
Physiquement, nous sommes placés en qualité de témoin qui se doit de réfléchir, de comprendre et ainsi de se sentir plus constructif, plus analytique et moins manichéen face aux pensées clichées , aux pensées closes et stériles .Tel est l’atout de cet ouvrage cinématographique singulier et nécessaire !
Subtilement , la présence et la prestance de la principale du collège , incarnée par Emmanuelle Bercot , demeure la seule proche de cet homme , la seule à vraiment alerter ……Signalons que la sœur de Samuel Paty , Mickaëlle , est consultante du film.
Fictionnellement, ce long métrage réduit à minima l’imaginé…Du reste , Vincent Garenq vient du cinéma documentaire……..
Sincèrement , le jeune public devrait aller découvrir ce document et puisse en discuter au sein des lieux d’enseignement .
Lisons Vincent Garenq :
« ….Ce n’est pas un film à charge ,on ne cherche aucun bouc - émissaire.Souvent,j’entends que les professeurs sont inquiets avant de venir voir le film……….il me paraît essentiel que des adolescents le voient parce qu’ils ont plein de choses à apprendre.Ils font une minute de silence tous les ans pour Samuel Paty sans avoir le ressenti de cette histoire ».
Je vous propose cette phrase :
« ……Revenons à la laïcité :c’est la seule solution pour qu’il puisse y avoir la paix entre les gens venants d’horizons différents ». ( d’Elisabeth Badinter).
A force de penser dans « l’entre soi » au fil des réseaux sociaux on verse dans une intolérance de surface certes mais qui peut provoquer des catastrophes……Cela écrit, il convient de souligner que toute technologie n’a pas d’idéologie…C’ est son utilisation qui peut poser problème face à la démocratie au quotidien et à chaque moment !
Merci pour la lecture.
Gérard Michel