Il s’appelle Marcelo, mais est-ce son vrai prénom ? Le film s’appelle L’agent secret, mais qui en est réellement un dans cette histoire ? Sera-t-il même question ici, un seul instant, d’agent secret et d’espionnage ? Ou ne serait-ce qu’une malicieuse évocation au film Le magnifique, sorti au Brésil sous le titre O agente secreto et dont on voit, lors d’une courte scène, la bande-annonce projetée dans un cinéma ? Kleber Mendonça Filho chercherait-il à brouiller les pistes, à nous perdre pour mieux satisfaire notre plaisir de spectateur ? Car L’agent secret avait (oui, avait, on va y revenir) tout pour ce plaisir-là, plaisir cinéphilique d’abord qui multiplie les références et les clins d’œil.

Il est, de fait, souvent fait référence au cinéma dans L’agent secret, de ce petit garçon obsédé par l’affiche des Dents de la mer au beau-père de Marcelo qui s’occupe d’un cinéma de quartier où La malédiction fait défaillir spectateurs et spectatrices. Un personnage principal d’abord mystérieux, puis se dévoilant peu à peu dans sa douceur et dans ses failles (et dans son statut, erroné, «d’agent secret» donc, mais tout révéler serait gâcher mystères et rebondissements). Un récit ample à multiples points d’entrée qui s’étendra sur cinq décennies. Le Brésil de la fin des années 70, alors sous dictature militaire, comme si on y était. Une mise en scène vibrionnante, surprenante parfois (et récompensée, logiquement, au dernier festival de Cannes), qui n’a pas peur de passer du réalisme à l’étrange, du décalé au tragique.

L’agent secret a ainsi, en permettant la comparaison, un côté très andersonien (on pense en particulier à Boogie nights, The master et Licorice pizza) dans ce foisonnement scénaristique incessant, dans cette volonté de creuser l’intime (un homme est à la fois recherché et à la recherche de sa mère) tout en embrassant un pan de l’histoire politique et sociale d’un pays à une période donnée. La même précisément que Walter Salles a, lui aussi, explorée dans le touchant Je suis toujours là, sorti en début d’année. Cette période de deux décennies de dictature dont Mendonça Filho dit les dérives étatiques, les élans de résistance, les brutalités et les joies aussi, à travers douleurs du passé et échos du présent. Cet écho du présent encore marqué par les dérives d’un certain Bolsonaro, et dont Mendonça Filho se souvient : «La situation s’est améliorée au Brésil mais, de 2016 à 2022, elle était étrange. En tant que réalisateur, je me suis retrouvé sur la sellette, enregistré et interrogé».

Pour autant, Mendonça Filho pèche souvent par excès de trop, saturant son récit principal d’échappées narratives qui ne servent à rien (la visite chez le tailleur par exemple, avec un Udo Kier en roue libre, ou les péripéties autour d’une jambe coupée retrouvée dans l’estomac d’un requin) et viennent parasiter (en plus de nous ennuyer) la bonne marche de la quête de Marcelo (comme de sa traque). Et puis Mendonça Filho est à la fois capable de nous bluffer lors d’une scène d’ouverture tout en tension ou d’une filature meurtrière filmée avec brio (et là, on pourra évoquer De Palma ou Friedkin), que de se perdre dans d’autres scènes pas vraiment inoubliables (la séquence de la «jambe poilue», complètement ratée, ou celle de la venue d’une femme riche dans un faux commissariat reconstitué pour l’occasion, laborieuse). En l’état, L’agent secret ressemble à un film mal dégrossi ne cessant de nous surprendre pour, l’instant d’après, nous échauder.

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mymp
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le 22 déc. 2025

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