Ce n'est pas un western, pourtant des cadavres pourrissent au soleil, abandonnés dans la poussière. Ce n'est pas un thriller non plus même si le "héros" est traqué par des tueurs, dans une ambiance très pesante.
Alors quoi?
Nous suivons le citoyen Armando ( Wagner Moura, excellent), ou Marcelo comme il se fait appeler, la quarantaine de retour à Recife , dans le Nord-est du Brésil sur les traces de son passé. Il recherche son fils et la famille de sa femme disparue. Il faut dire que nous sommes en 1977. C'est la dictature militaire comme dans d'autres pays latino-américains. Il trouve refuge dans une grande maison tenue par une vieille dame, bien secrète, qui recueille celles et ceux qui ont besoin d'être protégés. On comprend qu'il a été universitaire et qu'il a dû s'opposer à un industriel mafieux qui voulait mettre la main sur le Centre de recherche dont il était le directeur. Mais nous ne sommes pas dans un film/dossier sur cette terrible période où beaucoup de gens ont disparu, jusqu'en 1985 . Les révélations se font par bribes . Le réalisateur Kleber Mendonça Filho distille les éléments et interroge chacun sur son identité réelle et ses motivations. Avec une touche de fantastique, symbole de la terrible répression qui s'est abattue alors sur les résistants , opposants et aussi les homosexuels. Le film interroge surtout sur la difficulté à rester soi-même dans un environnement étouffant.
C'est une excellente surprise de cette fin d'année et mes confrères de Cannes 😉 ne s'y sont pas trompés en lui accordant deux prix majeurs: la mise en scène et l'interprétation masculine. Wagner Moura est un personnage ordinaire pris dans la broyeuse de l'Histoire tragique. Le film décrit bien justement les mécanismes pernicieux qui installent les dictatures, notamment face à la justice. Avec un certain écho contemporain... L'explosion des corps, la cachaça, la musique endiablé, et la ferveur populaire du carnaval de Recife final est une note d'espoir vitale face à la machinerie mortifère.
Vive le cinémâââ y viva el carnaval 🎶