Récit subtilement déconstruit, tant dans le temps que dans l'émotion, L'agent secret traduit parfaitement l'ambiance que l'on ressent au quotidien dans un pays fasciste trop hypocrite pour avouer qu'il l'est (autrement dit, une démocratie néo-libérale).
La terreur sous-jacente à la moindre rencontre, au moindre mot de trop qu'on a prononcé sans faire gaffe, la peur de respirer, de regarder quelqu'un dans les yeux, de téléphoner à la mauvaise personne ou au mauvais moment.. tout est là, tendu jusqu'à la crise cardiaque.
Ce qui fait la puissance de ce film, c'est son rythme, à la fois lent et haché, où le passé, les cauchemars, l'avenir, l'espoir, le présent et l'humanisme se mélangent au point de se parasiter les uns les autres, de se commenter, de se ressembler, de se tromper fatalement.
Les personnalités diverses sont si bien campées qu'on dirait des vraies.. l'industriel haineux est si criant de vérité qu'il ne peut qu'avoir été inspiré de personnes réelles, donc de vrais industriels capitalistes, tels ceux qu'on voit tous les jours à la télévision, qui les traite comme des héros, voire des sauveurs universels.. alors qu'ils sont les parasites de la civilisation.
Que l'on ne s'y trompe pas: L'agent secret parle de nous, aujourd'hui, de notre pays, de tous les pays. De ce qui nous arrive en ce moment, de ce qui arrive partout autour de nous, chez nos voisins, dans nos familles, nos amis.. voire au fond de nos âmes ?
Je n'avais pas vu de film plus flippant depuis Dans ses yeux, le chef-d'oeuvre de Juan José Campanella. Si la mise en scène de Kleber Mendonça Filho est un peu moins brillante sur le plan technique, elle fait preuve d'une maîtrise incroyable de l'âme humaine. J'ignore comment il dirige ses acteurs et ses actrices, mais il est évident qu'il sait comment les rendre trop humains, même si leurs actes ne le sont pas. Autant dire qu'il a parfaitement compris que, dans une dictature, n'importe qui peut être notre ami.. ou notre ennemi.
Ce qui est le vrai nom de la Terreur.