Une introduction qui donne le pouls d’un pays à une époque, où la valeur d’une vie est dérisoire et la corruption gangrène la police, et voilà que Kleber Mendonça Filho nous plonge dans une ambiance radicalement différente de son exutoire que fut le terriblement satisfaisant Bacurau en 2019.
Une ambiance pesante où l’on navigue dans le flou pendant près d’1h20, sentant bien la menace qui cerne Marcelo tandis qu’en parallèle se déroule une histoire de tueurs dont on ne sait rien sinon la froideur. Puis vient le point de bascule où tout se clarifie, où Marcelo devient Armando par l’exposition de son passé, de ce qui l’a amené à se cacher, et où les autres personnages viennent rattacher les ponts.
L’Agent Secret est avant tout une affaire d’immersion. Celle d’un Brésil pourri par un capitalisme ultra-violent qui balaie les hommes dans un élan homicidaire, culturicidaire et écocidaire. Celle de communautés se formant dans l’adversité où l’on tente tant bien que mal de reforger les liens de confiance rompus par les états et leurs sous-fifres. Celle d’une paranoïa qui demande de vivre avec une dualité constante, jusqu’à ces chats siamois. Celle enfin d’un cinéaste qui glisse dans son portrait d’une époque ses propres références, de The Omen à Jaws, en passant par Le Magnifique.
Et quand arrive l’inéluctable éclatement de violence, il est viscéral et physique. Les corps se déchirent, les plans s’écroulent, la tension éclate, et le spectateur assiste à l’une des scènes les plus estomaquantes de cette année 2025.
Lorsque retombe les cendres, ce que l’on constate relève d’une terrible banalité dans un pays ravagé par la corruption et ses conséquences désastreuses. Là où Bacurau partait dans une extrapolation fantasmatique, L’Agent Secret glace de réalisme. On se prend alors à songer de nouveaux à ces réfugiés politiques, traqués pour n’avoir pas cédé à des pressions politiques et financières, ceux du film et ceux du réels.