Esthétiquement très satisfaisant, virtuose, d'une inventivité qui semble sans limite, avec des couleurs à tomber par terre et la cinégénie évidente de Hambourg, et pourtant, dans le fond, ça ne vole pas beaucoup plus haut qu'un Scorsese : personnages qui ne savent pas qui ils sont (mais qui ne font aucun effort pour le savoir), mélancolie de pur confort, maximes creuses sur la vie et la mort, sexisme calme (avec quand même une gifle au bout du compte), scénario bidon (le bien, le mal, la tentation), violence agréée, complaisance à tous les étages.
Et pourtant (encore), j'y ai trouvé mon compte : mystère... L'histoire est sinistre (à vrai dire elle me dégoûtait, je détestais les personnages), mais l'énergie qui la conduit très libre au contraire, dans une forme d'affirmation réjouissante. J'aurais simplement aimé que cette liberté ne se prenne pas au détriment des questions (morales, éthiques, philosophiques, psychologiques, politiques, sociales, existentielles), mais avec elles. La liberté de Wenders, en fait - comme celle de pas mal d'artistes de sa génération - , est très individualiste : c'est-à-dire qu'on l'admire (quel culot) sans partage possible. C'est une liberté arrachée à la conscience, à l'intelligence, aux autres. Une jouissance solitaire, et qui demande qu'on l'admire.