Après neuf films d'horreur, Wes Craven se dit qu'il est temps de changer de registre, histoire de ne pas être catégorisé. Il veut donc adapter pour la première fois un roman, "Friend" de Diana Henstell, apparemment pas terrible, et proposer une love story morbide entre un garçon génial et sa voisine récemment décédée. Et alors qu'il met en boîte cette improbable Prométhée Moderne pour ados, les producteurs de chez la Warner découvrent que c'est Wes Craven, le type qui vient de tout fracasser au box office avec Les Griffes de la Nuit. Ils décident de proposer une projection-test à des ados fans du réal' qui, forcément, s'avèrent déçus de ne pas retrouver les meurtres sanglants et originaux du papa de Freddy...
Voilà le début de la fin pour la carrière de Wes Craven, homologué "Maître de l'Horreur" et obligé de se plier aux souhaits des studios qui veulent à chaque fois vendre un produit gore et stupide pour rassasier la masse. Ré-écritures et reshoots sont donc au programme et colleront à la peau du réalisateur jusqu'à son dernier film (à quelques exceptions près). Pour L'Amie Mortelle, il va rajouter quelques séquences de rêves sanglants, enlever celles où nos deux tourtereaux batifolent, retourner les meurtres jugés trop soft et faire de son thriller science-fictionnel un simili-slasher bas de gamme.
Est-ce que le film originel aurait été meilleur ? Pas sûr, cette histoire tirée par les cheveux d'un ado surdoué qui implante la micropuce de son robot personnel dans la tête de sa copine décédée étant aussi abracadabrantesque qu'involontairement fendard. Ajoutons à cela une interprétation ringarde (Kristy Swanson, future Buffy, qui essaie de rendre crédible des mouvements robotiques fait saigner les yeux), des passages mollassons et un robot comico-affligeant entre Numéro 5 et Sico et vous obtenez presque un nanar télévisuel, sauvé in extremis par des meurtres gore filmés justement en reshoots. En espérant tout de même voir un jour la version director's cut filmée par Craven, ne serait-ce que par curiosité.