"L'Amour malgré tout", premier long métrage de Josh Boone (Stuck in Love, 2012), se veut une chronique douce-amère sur l’amour, la création et les cicatrices familiales. Sur le papier, le projet promet une plongée sensible dans les liens complexes entre parents et enfants, tous liés par l’écriture. Pourtant, malgré une intention honnête et quelques élans touchants, le film reste globalement tiède et prévisible.
L’histoire suit une famille d’écrivains déchirée par le divorce : un père (Greg Kinnear) incapable de tourner la page, une fille (Lily Collins) qui rejette toute forme de romantisme, et un fils adolescent en pleine idéalisation de l’amour. Si la structure est claire, elle se révèle trop construite, trop démonstrative. Chaque arc narratif semble répondre à une case pré-remplie : le deuil, le rejet, la réconciliation… Le tout manque cruellement de spontanéité.
On comprend vite où le scénario veut nous emmener, et ce manque de surprise finit par anesthésier l’émotion. L’ensemble se regarde sans déplaisir, mais avec une certaine distance, comme si l’histoire ne parvenait jamais vraiment à s’incarner.
Lily Collins apporte une intensité réelle à son personnage, une jeune femme blindée qui camoufle ses fêlures sous un cynisme féroce. Elle est sans doute l’élément le plus convaincant du film. Mais autour d’elle, les autres personnages semblent davantage conçus pour illustrer des idées que pour exister pleinement. Le père écrivain en crise, le jeune homme rêveur, la mère en quête de rédemption : tous sont dessinés avec des traits trop nets, comme des figures de roman inachevé.
Le film donne l’impression de survoler ses thématiques au lieu de les explorer : l’amour, la douleur, le pardon — tout est là, mais rien ne prend vraiment racine.
L’un des points les plus réussis du film reste sa bande-son. De Elliott Smith à Bright Eyes, en passant par The National, la sélection musicale est indéniablement soignée. Elle accompagne les personnages dans leurs moments de flottement, de chute ou d’extase avec une justesse parfois bouleversante.
Mais là encore, une limite apparaît : à trop vouloir combler les silences, la musique devient un outil émotionnel un peu trop évident. Certains morceaux semblent utilisés pour « souligner » ce que l’image et le jeu d’acteur devraient déjà transmettre. C’est beau à écouter, mais parfois trop appuyé, comme si le film ne faisait pas tout à fait confiance à la puissance de sa mise en scène.
Cela dit, certains passages fonctionnent très bien – notamment une scène de lecture ou de solitude, sublimée par un titre mélancolique – et offrent de vrais instants de grâce, suspendus, où la musique prend le relais de ce que les dialogues n’arrivent pas toujours à exprimer.
J’ai attribué 5.5/10 à "L’Amour malgré tout" car, malgré ses intentions louables, il m’a laissé une impression de demi-teinte. Ce n’est pas un film cynique ni paresseux, loin de là : il veut parler vrai, il veut toucher. Mais ses intentions sont desservies par une écriture trop balisée et une mise en scène trop lisse.
On sent qu’il y a eu du cœur, mais il manque cette part d’imprévisible, ce grain de folie ou de rugosité qui fait basculer un film de l’agréable à l’inoubliable.
"L’Amour malgré tout" est un film au charme discret, qui aborde des sujets universels avec tendresse mais sans vraie profondeur. Il souffre d’une forme trop sage et d’un ton trop calculé. Sa bande-son le sauve parfois de la fadeur, mais ne suffit pas à faire oublier un manque de souffle narratif. En somme, un film qui aurait pu être plus que ce qu’il est — et qui, peut-être, se contente trop vite de son propre confort émotionnel.