Anna et Magnus sont-ils proches de la rupture ? Entre l’artiste « ultrasensible » en quête d’émancipation et le pêcheur de harengs le plus souvent en mer, ce n’est ni clair ni sûr.
Il y a cet entrepôt vide dont le toit est arraché brutalement. Ce pieu planté au bord de la falaise, totem familial symbolique ou gibet criblé de flèches. Et les œuvres d’Anna, de grandes toiles blanches sur lesquelles des morceaux de métal laisseront, au gré de la pluie, du soleil et du vent marin, leur empreinte de rouille.
Le cinéma de Hlynur Pálmason, qui nous avait transporté dans le pays de Dieu, oscille entre douce mélancolie, poésie onirique et humour chaplinesque. Quoi de plus surprenant qu’une épée tombée du ciel, qu’une chevalière prenant vie ou qu’un coq vengeur picorant celui qui l’a tué ? Des envolées lyriques qui décontenanceront un public purement cartésien. Mais la nature islandaise possède cette aura mystique qui autorise extravagances et éclairs de beauté. Sous les jupes d’une femme se dissimule la promesse d’un nouveau ciel fleuri.
Au-delà des images, c’est la trajectoire d’un couple qui se raconte, entre ce qui les lie et ce qui les sépare : les enfants, le travail, les sentiments, le temps et son usure. Les saisons passent, et le printemps laisse place à la glace. Une histoire intime pour le réalisateur, qui fait jouer ses propres enfants et, dans son propre rôle, son adorable berger Panda, véritable héroïne. Au bout du compte, c’est un homme seul, à la dérive, qui réfléchit à l’amour qu’il lui reste.
(7/10)
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