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La loi du silence
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le 11 oct. 2013
Même si Abel Ferrara n’est pas encore tout à fait maître de son cinéma quand il réalise son second film, on sent déjà que le talent est là. Photographie soignée, sens évident de la réalisation, thèmes débordant à foison autant que de références à de nombreux titres de cette époque (Un justicier dans la ville, Carrie, Taxi driver). Expression même du « rape and revenge », le film frappe par ses partis-pris comme celui de choisir une fille muette qui rend les images d’autant plus fortes. On apprécie aussi cette vertigineuse descente aux enfers qui est autant une plongée dans la folie d’une jeune femme, a priori innocente, qui devient vamp puis termine dans un déguisement de nonne. Son parcours fait sensation. L’ensemble est sèchement conduit jusqu’à un dénouement multipliant les symboles et semblant virer à un déchaînement de violence sous champignon hallucinogène. Là, Abel Ferrara est parfait.
Là où il est moins à l’aise, c’est certainement sur la première partie qui voit se côtoyer austérité froide et délire macabre. Le découpage du corps qui ignore la rigidité et qui pisse encore du sang frôle le grand guignol alors que le film se veut plutôt réaliste. C’est dommage. Cela l’est d’autant plus que les deux scènes de viol sont intelligemment présentées (même si, avouons-le quand même l’héroïne est sacrément malchanceuse). Le script piétine ensuite un peu en dépit de la courte durée du film (1h17) avant de basculer dans des séquences de « vigilante » remarquablement imaginées et mis en scène (la scène, notamment, où quatre agresseurs potentiels tournent autour de la jeune fille avant qu’elle ne les dégomme en deux temps, trois mouvements).
Le résultat ne tient pas toujours ses promesses, Abel Ferrara s’embarrassant, comme très souvent, de symboles parfois trop encombrants. Par ailleurs, le regard qu’il jette sur le quartier de Manhattan, s’il est intéressant, n’a pas encore la pertinence de celui qu’il portera dans ses films suivants. À bien des égards, le film est quelque peu amateur, semblant être fait de bric et de broc, ce qui lui donne une patine particulière, surtout plus de quarante ans après sa sortie. Pas aussi sordide qu’on peut s’y attendre, le film montre parfaitement comment le réalisateur a gagné ses galons pour se voir offrir de gros budgets par la suite. Un film de jeunesse en quelque sorte, pas tout à fait abouti mais très prometteur qui s'appuie aussi sur la remarquable interprétation de Zoë Lund, véritablement habitée par son personnage.
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le 22 nov. 2022
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