Film vu au cinéma à sa sortie, en 1978, alors auréolé de sa palme d'or à Cannes.
Un vrai film de terroir qui ira rejoindre la liste ad hoc… Ermanno Olmi, dont je ne connais que ce film, a réalisé une fresque sur la vie paysanne à la fin du XIXème siècle dans la région de Bergame (Lombardie) dans le nord de l'Italie.
Le lieu n'est pas choisi au hasard. En fait, Olmi, d'origine paysanne de cette même région de Bergame, voulait y reconstituer la vie paysanne à partir des récits de sa grand-mère et de ses propres souvenirs d'enfance.
D'après Wikipedia, les acteurs sont de véritables paysans de cette même région et les dialogues sont en patois local, nécessitant des sous-titres pour les spectateurs italiens … Se distinguent parmi les "faux" acteurs le rôle merveilleux du grand-père qui transmet sa connaissance et les jeunes qui se plaisent (comme on disait dans l'ancien temps) ou qui se fréquentent avec moult précautions. J'aime vraiment.
Malgré l'esthétique évidente et contemplative du film, malgré la belle photographie de cette région, on prend conscience pendant les quasi trois heures du film de la dureté de la vie à cette époque dans les campagnes.
Quatre familles de métayers très pauvres se partagent une grande maison au milieu de nulle part. Ils sont totalement inféodés à un grand propriétaire, maître après Dieu. Oui, parce que ce dernier est omniprésent à travers une religion écrasante et obscurantiste qui, quelque part, sert parfaitement bien les intérêts du patron en verrouillant soigneusement les actions et la vie des paysans.
Alors, d'un côté, il y a le travail communautaire (les semailles, l'égrenage du maïs, la veillée, les chants, …) ainsi que le partage des évènements familiaux mais de l'autre, il y a les contraintes. Les exigences du régisseur en matière de récoltes à récupérer pour le maître. Un des jeunes garçons est remarqué par le curé qui veut l'envoyer à l'école avec des visées probablement pour le séminaire, privant ainsi la famille d'une aide potentielle à venir. Le jeune couple, récemment marié, en visite chez la tante de la jeune femme, supérieure d'un couvent, se voit proposer (= imposer) un bébé orphelin qui ne sera jamais qu'une bouche supplémentaire à nourrir.
Et pour une peccadille que je ne détaillerai pas pour éviter de spoiler, une des familles (avec "seulement" sept enfants dont un qui vient de naître) est mise à la rue du jour au lendemain sous le regard navré des trois autres familles. Et là, les prières et les chapelets débités à la chaine par les trois autres familles ne suffiront pas pour créer le miracle.
Le cinéma de Olmi ne se veut pourtant pas militant. On est dans le constat, dans la description d'une réalité, dans un souci quasi documentaire : à charge pour le spectateur de se faire son opinion. Pour ma part, le film sonne terriblement vrai et n'est pas si éloigné des romans de terroir des auteurs corréziens Christian Signol ou Claude Michelet qui posent un regard lucide sur la vie paysanne et son évolution du XIXème au XXème siècle.
Pour finir, on peut comprendre que ce film – insolite - avec sa magnifique photographie et ses somptueuses couleurs, baigné dans une belle musique de JS Bach, ait pu séduire un jury Cannois. Et puis ce rythme lent, ces gestes éprouvés, la pudeur de ces gens et leurs silences respirent tellement l'authenticité !