« L’argent » est le dernier film que réalisa Robert Bresson. La religion catholique enseigne en creux une répulsion vis à vis de l’argent qui imprégna profondément ce réalisateur janséniste. Véhicule de tous les crimes, il est à l’origine et à l’accélération d’une descente meurtrière d’un jeune homme bien comme il faut, qui à son insu, utilisera trois billets dont il ignore que ce sont des faux. Là tout s’effondre : condamné sur un faux témoignage, il perd son emploi. Puis il est pris à nouveau comme complice d’un braquage. Pendant qu’il purge sa peine, sa petite fille meurt et sa femme le quitte. Des faux sentiments. De la littérature russe dont l’absence absolue d’espoir ou de gaité est une caractéristique comme cette nouvelle de Tolstoï « Faux billet » (Dostoïevski, Pouchkine, Gorki ne sont guère moins sombres) le cinéaste gomme presque totalement le cheminement psychologique pour se concentrer sur l’action avec un enchaînement de scènes, évidentes de par leur justesse (les lettres, la relation d’Yvon avec la vieille dame). Malheureusement, et à cause de cela, le film n’a pas la densité requise, la faute à des plans répétitifs pour certains, inutiles pour d’autres, trop longs pour certains autres, malgré son minutage resserré (85’). Depuis que Bresson est passé à la couleur, excepté pour « Le diable probablement », son précèdent film (1977), le montage semble lui échapper, comme la savante construction des plans, si impressionnante dans ses films en noir et blanc. Bresson détestait le théâtre filmé (dont l’utilité est en effet très contestable), et développa face au cinéma traditionnel qu’il méprisait et ne fréquentait guère, un style dépouillé à l’extrême dont seul le choix, humiliant pour la profession, de non acteurs est contestable au vu du résultat de ses derniers films. Néanmoins, les qualités l’emportant sur les réserves, « L’argent » est un film à voir.