Frédéri (sans c) s'apprête à épouser une arlésienne mais on apprend in extremis que la fille manque de vertu. Frédéri renonce mais se consume d'amour. C'est le jeune premier Louis Jourdan, dans une composition quasi expressionniste, qui joue cette maladie d'amour hors d'âge.
Le film de Marc Allégret commence comme une comédie méridionale -avec le gratin des comédiens de Pagnol- suivant le personnage de "marin" et d'oncle joué par Raimu., dont le personnage prend peut-être plus de place ici que dans l'œuvre originelle. Puis, suivant le sujet de la nouvelle de Daudet, le mélo s'installe. Sous la réalisation d'Allégret et en dépit du casting alléchant, c'est insipide ; probablement parce que c'est insincère et maladroit. Pour autant, le film s'ouvre avec majesté, comme un monument de la culture française, avec l'ouverture de Bizet par un orchestre symphonique.
Comme toujours sous le cinéma de Pétain, on fustige ce qui vient de la ville et on glorifie le travail des champs, le régionalisme et la coutume C'est surtout à Delmont, en vieux berger gardien des traditions, qu'il revient de répandre la bonne parole réac. Je ne connais pas l'œuvre de Daudet mais l'honneur des familles, la vertu des filles, le mode patriarcal, sont dans le film des éléments de langage très superficiels et convenus qui ne distinguent en rien la typicité camarguaise de celle des autres provinces. Et par ailleurs, le folklore local n'est franchement pas déterminant dans le film. Juste un décor sans authenticité, pas loin d'être insignifiant.
Gaby Morlay, en mère éplorée, en fait des tonnes et ferait presque sourire à chacune de ses apparitions en costume traditionnel. C'est Charpin qui joue son père...et, tant qu'à faire, celui de Raimu : c'est dire à quel point l'adaptation ne s'embarrasse pas trop de réalisme.