L'arnaque imaginée Hooker et Gondorff, deux types sympathiques et malicieux qui élèvent l'escroquerie au rang d'art, est d'autant plus réjouissante qu'elle est une vengeance à l'encontre d'un féroce potentat du jeu qu'on aurait bien plaisir à voir corrigé. Elle devra être d'autant plus ingénieuse que le dénommé Lonnegan n'est pas né de la dernière pluie.
George Roy Hill réalise un film particulièrement ludique. Il détaille avec minutie la mise en place d'une arnaque rigoureuse dont on attend avec impatience l'exécution. Le cinéaste montre aussi comment les protagonistes de cette escroquerie sont tout autant et nécessairement des comédiens. Ils jouent la comédie au sens propre et, de leur talent, de leur assurance, dépend la réussite de l'opération. De telle façon que la réalisation du coup est un beau moment de comédie, dans les deux sens du terme, où le spectateur complice attend de voir le méfiant, l'irascible Lonnegan se faire piéger. Ou pas (je laisse cette porte ouverte pour le suspense...).
Face au duo prestigieux du Redford-Newman, Robert Shaw compose un intéressant rôle de méchant, laconique et nerveux. Le film est un divertissement brillant qui s'appuie de surcroit sur une convaincante reconstitution de l'Amérique des années 30.