Une baby-sitter aux abonnés absents, un enfant de six ans qui ne demande qu’à être bercé par un regard tendre, et une voisine, Sandra, qui se retrouve à en endosser le rôle, presque malgré elle. Solitaire assumée, sans compagnon ni descendance, sans même le désir d’en avoir, elle se laisse happer par cette proximité imposée. Lorsque Alexandre revient seul de la maternité, sa femme emportée par une embolie amniotique, Sandra devient plus qu’une présence bienveillante. Elle est une constance, un phare. Pour lui, qui cherche à recomposer un semblant d’existence. Pour Elliot, qui trouve en elle un socle affectif alors même qu’Alexandre n’est pas son père.
Mais la durée s’étire, le film patine sur des dialogues parfois embarrassants, et certains personnages semblent errer à l’écran sans justification narrative. Des coupes auraient allégé le tout, débarrassée de quelques figures à la consistance discutable.
Pio Marmaï, que l’on sait pourtant intense et incarné, peine ici à habiter son rôle de veuf et de père en sursis. En revanche, Valeria Bruni Tedeschi illumine chaque scène, tout en retenue et en douceur. Elle traverse le film comme une évidence, enveloppant les autres de son regard calme et de ses paroles justes. Indépendante, éloignée des schémas familiaux qu’elle n’a jamais convoités, elle devient pourtant ce point d’ancrage. Elle porte les plus belles lignes du scénario, ces répliques qui résonnent bien au-delà du cadre, où la féminité, la maternité et la lucidité se croisent avec un naturel désarmant.
Ici, le film peine à dépasser la bienveillance qu’il veut instiller. Il caresse les thèmes du deuil, de l’amitié, de la parentalité et du célibat, sans pour autant les en faire quelque chose. L’émotion pointe, certes, notamment dans cette séquence inaugurale où une femme disparaît au seuil de la maternité, laissant un vide abyssal. Mais au-delà, l’histoire manque de cette matière qui ancre et qui bouleverse.
Certaines scènes confinent à l’invraisemblable, comme cette rencontre absurde entre Alexandre et une pédiatre qui, contre toute logique, ouvre son cabinet en pleine nuit pour un homme venu s’excuser d’un moment de brusquerie. Tout sonne faux, jusqu’au malaise. Vimala Pons, livrée à une partition bancale, ne peut que composer avec ce flottement. Quant à Quenard, affublé d’une moustache clairsemée et d’un rôle d’homme-enfant, il surprend par sa capacité à exister à l'écran. Son regard contient une faille qui mérite d’être explorée ailleurs, avec plus de justesse.
Hors de la présence lumineuse de Valeria Bruni Tedeschi, la sauce ne prend pas. J’ai trop soupiré en attendant que l’épure se resserre, que le film trouve enfin son souffle.