L'Au-delà
6.8
L'Au-delà

Film de Lucio Fulci (1981)

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Préparez-vous à vivre l'expérience Lucio Fulci !



  • Qui est là ? Qui est-ce ? Allons répondez ! Je sens qu'il y a quelqu'un ! Mais qui êtes-vous ? Dites-moi votre nom !

  • Maintenant tu vas affronter la mer des ténèbres.




Le livre d'Eibon



Avec « L’au-delà », le cinéaste Lucio Fulci nous propose une plongée perturbante dans les méandres de son esprit malade par une vision ultra macabre submergeant de force la tête du spectateur qui se noie dans une marré de boyaux et d'entrailles. Une souillure du corps et une perversion de l'esprit qui se retrouve à son tour contaminé par les germes d'une perception décadente capable de dégrader les plus robustes. Une œuvre qui cadre parfaitement avec les obsessions d'un cinéaste extrêmement démonstratif qui pour proposer les bas-fonds obscurs de la violence s'entiche en général de peu de choses. L'histoire nous projette auprès d'une jeune New-Yorkaise qui hérite de l'hôtel des Sept Portes à la Nouvelle-Orléans qu'elle décide de rénover. Malheureusement pour elle, la vieille bâtisse serait d’après le livre d'Eibon construite sur l’une des 7 portes de l’enfer. Si le scénario semble dans un premier temps tenir sur quelques lignes, en poussant un minimum la curiosité on s'aperçoit qu'il n'en est rien, mieux, que « L’au-delà » est une œuvre intelligente et passionnante. Oui, j'ose le dire ! Un constat obtenu en me renseignant un minimum sur le contenu du livre d'Eibon, que le film met en avant sans réellement développer son contenu. C'est un artefact contenant un savoir immense et dévastateur révélant un univers parallèle au nôtre s'ouvrant sur des étendues blanches infinies. Un livre se divisant en 7 chapitres qui représentent chacun un péché capital. Ça ne vous rappelle rien ? Mais si faîte un effort... Allez, je vous aide.


Une définition qui a fait tilt dans mon cerveau ! Les meurtres orchestrés par le sorcier zombi Zweick, n'ont rien de gratuit (à l'exception de la forme), chacune des victimes représente un des 7 péchés capitaux. 7 clefs pour ouvrir la fameuse porte des Enfers. Si les élus se retrouvent avec les yeux blancs ce n'est nullement parce qu'ils sont possédés, mais parce qu'ils font écho avec les étendues blanches infinies se trouvant derrière la porte :
- La luxure est le premier chapitre du livre d'Eibon, elle fait écho à la première victime : Joe (Tonino Pulci), le plombier, qui regarde avec appétence Martha, la bonne de la maison.
- La gourmandise est le deuxième chapitre du livre d'Eibon, elle est symbolisée par la seconde victime : Jill (Maria Pia Marsala), la fille du plombier, qui en tant qu'enfant croque la vie à pleines dents.
- L'envie est le troisième chapitre du livre d'Eibon, il est incarné par la troisième victime : Martin (Michele Mirabella), l'architecte chargé de la rénovation de l'hôtel qui ne rêve que de s'approprier la bâtisse pour y faire les travaux qu'il désire.
- La colère est le quatrième chapitre du livre d'Eibon, il est porté par la quatrième victime : Martha (Veronica Lazar), la femme de ménage, qui s'est imposée en tant que femme de maison de l'hôtel et qui semble tout du long en colère de n'être que la domestique des lieux.

- L'orgueil est le cinquième chapitre du livre d'Eibon, il est porté par la cinquième victime : Emily (Cinzia Monreale), une jeune femme qui paye son excès de confiance en subissant la colère de Zweick.
- Viennent enfin la paresse et l'avarice, sixième et septième chapitre du livre d'Eibon. Lorsque les 5 premières clefs sont déverrouillées en résulte un cheminement onirique où le réel et l'irréel se conjuguent, offrant une vision fantasmagorique où les morts se mêlent aux vivants pour attirer notre couple héroïque qui depuis le départ sont les deux dernières clefs. John McCabe (David Mitchell), le médecin, incarne la paresse, lui qui refusait de faire un effort de compréhension face au surnaturel. Liza Merill (Catriona MacColl), incarne l'avarice, elle qui refusait de mettre beaucoup d'argent dans les différents travaux de l'hôtel tout en faisant un maximum de bénéfice.
- Le dernier chapitre, avec l'unification de toutes les clefs qui déverrouille l'antre de l'enfer blanc, où terminent nos deux héros à côté des 5 autres clefs dont les cadavres sont alignés au sol. Une fin difficile laissant présager l'apocalypse.
Un cheminement scénaristique intelligent chargé de symboliques qui après réflexion vient totalement gommer mon premier ressenti qui voyait avant tout un non-sens scénaristique illogique faisant preuve de beaucoup de facilités.


Sorti de son excellent récit, le film souffre d'un design gore extrêmement cru dans son traitement, qui recycle un peu tous les clichés vicieux du cinéaste. En gros, du gore beaucoup de gore, représentés durant des meurtres horribles avec une caméra qui jamais ne se détourne. Pire, elle prend un malin plaisir à prendre son temps devant des longues séances de torture où l'on voit des yeux transpercés; des oreilles arrachées; des langues dévorées; des gorges sectionnées, des corps se dissoudrent ; le tout sous des gerbes de sang; des litres de pleurs; et des cris de souffrance. Le cinéaste s'éclate et se lâche offrant un spectacle affreux via des maquillages qui font sales et qui s'ajoutent à une boucherie qui tire tellement sur la corde qu'elle finit par se rompre au point d'en perdre l'essence du récit. Nul doute qu'avec un peu plus de modération l'intrigue principale aurait été bien plus digeste. Malgré les faiblesses excessives du cinéaste, la sauce prend plutôt bien grâce à une ambiance mortuaire savamment retransmise mêlant adroitement l'onirisme à l'horreur. Un rendu cauchemardesque offrant une atmosphère malsaine et glauque appuyée par l'efficace composition musicale de Fabio Frizzi, qui finit d'accompagner cette fable diabolique.


Le rythme est tendu, on ne s'ennuie pas une seconde, les actions sont atroces mais ont les mérites, ou démérites, de capter, ou de détourner, le regard du spectateur. La confrontation finale dans l’hôpital contre une horde de morts-vivants est plutôt bien fichue, bien que je n'aie pu me retenir de rigoler durant les phases de fusillades. En effet, après avoir tiré une centaine de balles avec son revolver 6 coups, McCabe n'a toujours pas capté qu'il fallait viser la tête et non le ventre des zombies alors que pourtant il a des yeux pour constater. Paresseux jusqu'au bout ! Vient enfin le casting est comment dire... Les comédiens surjouent et il y en a pas un pour rattraper l'autre. La direction d'acteurs c'était vraiment pas le point fort du cinéaste qui laisse ses comédiens en roues libres pour le pire des pires, au moins on rigole de certaines situations et dans ce déluge de déchéance ça fait du bien. Par ailleurs, la participation de Lucio Fulci dans le rôle d'un bibliothécaire aux rires particulièrement clownesques est amusant.



CONCLUSION :



« L’au-delà », du cinéaste Lucio Fulci est une œuvre terriblement instable dans la forme qui heureusement peut compter sur ses phases de réflexion pour venir poser un récit particulièrement intelligent, qui plonge le spectateur dans un environnement onirique où le réel et l'irréel se côtoient offrant une fable noire fantasmagorique intelligente à la portée cauchemardesque avec son final rude. Une angoisse efficacement diluée par son ambiance frissonnante que la violence extrêmement excessive du cinéaste vient par moments annihiler sous un déluge de torture pornographique d'une gratuité malaisante.


« L’au-delà », est un film qui se mérite par un effort d'implication.




  • Écoute Richard...

  • Non Lisa. Je suis médecin, il me faut une explication logique.


Créée

le 10 juin 2022

Critique lue 582 fois

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