Personne n'aurait l'idée de passer des vacances à Svilengrad, pas même les citoyens bulgares qui connaissent sans doute peu cette extrémité de leur pays, à la frontière turque. C'est entre autres le lieu de tous les trafics, avec la présence de mafieux sans foi ni loi. Dans L'aventure rêvée, la cinéaste allemande Valeska Grisebach nous plonge d'emblée dans cette région a priori peu attrayante dans les pas de deux personnages atypiques qui ont un lointain passé en ces contrées. Un homme assez mystérieux qui fraie avec l'illégalité et une femme qui dirige des fouilles archéologiques. Ce qui frappe et séduit dans le long métrage, c'est la liberté de sa trame narrative, anti-spectaculaire au possible et qui prend tout son relief dans des conversations qui révèlent non seulement les états d'âme de ses personnages, mais surtout révèle une atmosphère délétère, des conflits en puissance et le poids d'un passé qui fur communiste, avant les temps troublés et sauvages des retrouvailles avec la démocratie. C'est l'étude au microscope d'une région oubliée de l'Europe, dans laquelle ces deux héros, loin de toute pureté, restent cependant dignes et déterminés à conserver une singulière manière de cheminer. On n'apprécie vraiment le film qu'à l'aune de sa longueur, qui n'a rien d'excessif, et dans une douceur surprenante, eu égard à la violence sous-jacente ou plus clairement exposée. Ce qui n'entache pas la sérénité d'un récit attentif à tous les détails et à tous les gens.