Grand western mélancolique où Mitchum confronte et réconcilie les cultures yankee et mexicaine

Robert Mitchum est un acteur dont l'allure et la démarche sont parmi les plus harmonieuses et équilibrées de l'histoire du cinéma. Dans ce film, dans leur droiture et leur élégance, elles font un contrepoint à la fragilité intime, à la vulnérabilité physique et à la mélancolie du personnage. Ce contraste se voit aussi dans son visage si particulier, à la fois ouvert et plein de biais anguleux, ici dénué de son flegme ironique habituel. Est-ce pour cela que cette star aux innombrables succès préféra ce film entre tous ?

« The Wonderful Contry », le pays merveilleux, est-il le Mexique, que les deux chef op, Alex Philips, le mexicain, et Floyd Crosby l’américain, montrent si bien qu’on n’hésite pas à revoir deux ou trois fois de suite ces paysages ruraux ou urbains du petit matin, du crépuscule, ou dans la brume, que le pistolero traverse, et qui scandent en courtes séquences ses périples entre les deux pays ? Leur montage donne à la narration une temporalité lente, progressive, et donc de la crédibilité aux évolutions de l’intrigue et du personnage. 

Ou bien "le pays merveilleux" évoque t-il la nostalgie des Etats-unis pour cet américain réfugié au Mexique ? 

Ou encore est-ce la frontière, les alentours du Rio Grande, « un grand nom pour un fleuve si étroit » lui dit son ami Diego, tandis qu’il franchissent cette limite ? 

Est-ce les amitiés des deux côtés de la frontière, et l’amour qu’il rencontre, qui finiront - peut-être - par le stabiliser dans un pays intérieur plus serein ?

Le film est tiré de l’oeuvre de l’écrivain, anthropologue et peintre Tom Lea.

Martin Brady (que joue Mitchum) est devenu faute de mieux l'homme de main humble et dévoué d’un notable mexicain, Castro, attiré par le pouvoir politique (joué par Pedro Armendariz) qui est aussi le rival de son propre frère, gagné de son côté par le pouvoir que procure l'armée.

Le bien le plus précieux de Brady-Mitchum est un cadeau de son puissant maître : un pur sang noir appelé Lagrimas (Larmes). Comme il traverse un village américain lors d’une mission, le cheval effrayé par un tumbleweed (un buisson virevoltant) le fait tomber, et il se fracture une jambe l’immobilisant pour trois mois, ce qui est l'occasion de plusieurs rencontres : un chirurgien désintéressé, joué par Charles Mc Graw ; un immigré allemand amical joué par Max Slaten ; un Texas Ranger bienveillant joué par Albert Dekker ; un officier rigide mais compétent, joué par Gary Merril ; son épouse, qu'il aime au premier regard, jouée par Julie London.

Tous éclairent son parcours et l’aident à s’extraire de son parcours de de fuite vers le Mexique pour retourner vivre au Texas. Mais un incident le renvoie cependant au Mexique où son destin semble désormais scellé.

Puis des interactions nouvelles réaniment en lui le refus de la violence (qui dominent ses chefs, les deux frères rivaux et humiliants tant l'un pour l'autre que pour lui), le désir de revenir, et sa capacité à susciter des relations plus saines offertes par des humbles et par la femme qui l’aime au delà de la frontière. Ce dernier mouvement est précédé, western oblige, par un gunfight final.

L’échange de tirs se fait entre cavaliers, dans lequel il perdra son cheval. Pour finir avec un symbole, il abandonnera aussi son chapeau de pistolero mexicain.

Parmi les émouvantes qualités, si nombreuses, de ce western de 1959, il y en a encore une qu’il faut signaler : le respect naturel, ni forcé ni convenu, des cultures mexicaine et américaine y compris dans leur confrontation.

La figure de Diego, ou celle l’outlaw Pancho Gil, ou celle de la famille du paysan Santiago Santos, contrastent avec celles donnée par bien des westerns de cette époque (on ne retrouvera quelque chose d’aussi politiquement élevé que dans Les Professionnels de Richard Brooks en 1966).

Côté culture américaine, la vision des rapports des blancs, des noirs (ceux d'un régiment de soldats) et des indiens, est de la même force éthique, sans édulcoration.

Ce film cher à son acteur principal, qui le produit, est aussi le film préféré de son réalisateur et je suis surpris de découvrir si tard ce merveilleux western, aux décors mexicains splendides signés Harry Horner, et à la musique sensationnelle de Alex North. Sans doute avais-je cru l’avoir vu, confondant cet opus avec deux autres où Mitchum joue aussi les gringos, mais qui ne resplendissent pas comme celui-ci : Bandido Caballero, de Richard Fleischer (1956), et Pancho Villade Buzz Kullik (1967).

Notule de 2020 publiée en décembre 2024

Michael-Faure
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le 26 déc. 2024

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