Resté un sujet de discorde pour la critique française qui adore ou déteste, Miller demeure l'un de mes réalisateurs français préférés, lui qui fut notamment un grand cinéaste de l'enfance avec ses troubles identitaires, ses peurs plus ou moins rationnelles, ses désirs transgressifs et non partagés, ses passions éphémères et ses pulsions secrètes. Révélant au passage une impressionnante Charlotte Gainsbourg d'à peine 13 ans, "L'effrontée" incarne superbement cet aspect de sa filmographie, récit d'une obsession de jeunesse via une "amitié" unilatérale et ambigüe à la croisée de la fascination, du fantasme et de l'envie, sur fond d'ennui existentiel précoce, de contradictions de l'adolescence, de rapports parfois difficiles avec ses aînés et de rêve d'une existence un peu plus palpitante faute de vraiment savoir ce que l'on veut. L'atmosphère des abords du lac Léman et une galerie de seconds rôles hauts en couleur (avec notamment Brialy et Bernadette Lafont) finissent de contribuer au charme de ce film faussement léger sur ce mal-être des premiers signes du long passage à l'âge adulte, qui sous ses dehors anodins ne manque pas de laisser des traces sur la construction d'une personnalité.