Une salvatrice bouée d'humanisme et d'empathie dans notre monde cynique, qui accroche me concernant un top ten du réalisateur, pourtant chouchou d'adolescence dont j'ai vu et souvent revu tous les films. Malgré un certain nombre de "défauts" d'écriture, à commencer par son attachement trop prononcé à la "révélation" d'une présence extraterrestre sur la planète, j'ai envie de commencer par défendre David Koepp, à mon avis revenu en grande forme depuis l'an dernier avec ses scénarios des deux Soderbergh de 2025, "Black Bag" aka "The Insider" en particulier qui comme ici ne soulignait pas tous les tours et détours du récit, n'était jamais sans cette surexplication désormais coutumière à Hollywood mais encourageait au contraire le spectateur à tirer ses propres déductions pour remplir les trous d'une histoire qui n'en laissait pas pour autant de véritable zone d'ombre - ici aussi on finit par tout comprendre, y compris le rôle de Hugo et la chronologie des évènements qui ont mené à la construction de son stratagème. Et surtout dans les deux cas, il sait se mettre pleinement au service des obsessions des cinéastes plutôt que de rechercher vainement le maximum d'efficacité.
Pour autant je n'en ai pas moins quelques reproches à faire à ce "Disclosure Day", sans trop savoir s'ils doivent s'adresser à lui ou à Spielberg (SPOILS) : des références religieuses un peu trop appuyées (je ne crois absolument pas par exemple à l'agente qui s'agenouille devant Margaret les mains en prière alors qu'elle est censée connaître un minimum les capacités des aliens) à l'absence totale de doute sur les intentions des extraterrestres (un personnage aurait pu à un moment ou à un autre formuler une crainte que ce stratagème, dont le spécimen libéré par Hugo semble donc être à l'origine, ne soit rien d'autre qu'une manipulation mentale dans un but tout sauf humaniste), de la même manière que le coup des E.T. incarnés en animaux n'excuse pas ces effets spéciaux indigents en la matière malgré leur "Disneyisation" probablement volontaire (je n'arrive pas à m'expliquer que même chez Spielberg on ait à ce point régressé en termes de CGI récemment... question de budget ?). Le film met par ailleurs un petit moment à démarrer après son entame quelque peu brouillonne qui fait assez sous-"Snake Eyes" du copain De Palma avec le match de catch à la place du combat de boxe, et dans l'ensemble son montage semble un peu moins fluide qu'à l'accoutumée (conséquence de la retraite du fidèle Michael Kahn ?).
Mais plus globalement, et ce à partir de la première apparition de Margaret comme "antenne empathique", le film m'a beaucoup ému et s'avère être à mon avis un grand cru spielbergien, ne serait-ce que pour cette manière de tous nous dépeindre, chacun à notre manière, comme des enfants perdus, qu'un trauma, une blessure, un non-dit empêche d'être complètement en paix avec nous-mêmes, et de faire de Margaret, allégorie du cinéma peut-être, un remède capable de tous nous soigner et nous ramener à la maison, avant qu'elle ne soit elle-même, en contrepartie, guérie et ramenée chez elle au sens propre comme au figuré par Hugo et sa bande (une histoire d'entraide mutuelle et de fatalité positive à la Shyamalan en quelque sorte, comme quoi ceux qui voyaient en lui un héritier direct de Spielberg avaient somme toute bien raison, car cette thématique en y réfléchissant était toujours un peu là en filigrane chez ce dernier), cf. la merveilleuse scène de la maison d'enfance reconstituée où l'on a absolument tout Spielberg, de l'innocence perdue au trama originel, sans pour autant passer par la "facilité" de l'autobiographie (qui ceci dit n'empêche en rien "The Fabelmans" d'être l'un de ses sommets).
Et puis faire résonner le film aussi profondément avec notre époque d'instabilité et de chaos sans opportunisme aucun et sans en remplacer le cynisme par un excès de naïveté, c'était un équilibre pas si évident à trouver - le parti-pris est un peu inverse de celui d'un "Don't Look Up" par exemple, dans lequel jamais personne ne croirait le personnage... et pourtant ça fonctionne pleinement, dans les grandes lignes on croit aux réactions de quasi tout le monde à l'écran, et connaissant Spielberg, à la sincérité de son discours réparateur, avant tout très personnel. J'avoue avoir eu plus d'une fois les larmes au yeux pendant la projection, en particulier durant ces moments où Margaret répare par l'écoute et la parole ses interlocuteurs (enfin quelqu'un pour faire usage des grands yeux bleus-gris au regard bienveillant d'Emily Blunt), comme quoi il n'a toujours pas perdu son souffle, d'ailleurs les scènes de bravoure (mais aussi de suspense, cf. les sauts de Scanlon dans l'esprit de Jane) sont souvent superbes également, très incarnées et avec toujours quelque chose de singulier qui lui ressemble : le contact des cordes de piano qui calme Margaret dans le wagon du train, dans la chambre de laquelle on apercevra plus tard un piano miniature ; l'incrédulité constante de Kellner lors de la scène du sauvetage en voiture, à laquelle répond plus loin celle du producteur télé qui le laisse agir à sa guise et l'aide sans vraiment savoir pourquoi - cf. ce mantra "why am i doing this ?" qui revient sans cesse dans les deux scènes.
Résultat, je note probablement large mais comme souvent avec Spielberg, c'est l'émotion et la sincérité qui l'emportent, au détriment des maladresses qui m'ont paru à l'issue de la projection bien dérisoires.