Si les films d'inspiration scorsesienne sont bien souvent des ersatz vaniteux et maniérés des Affranchis, celui-ci s'en éloigne d'abord en adoptant un point de vue bien plus terre à terre. En Amérique, les petites frappes deviennent des pontes, avant de s'effondrer avec fracas. En Europe, les petites frappes restent des petites frappes, mais elles s'effondrent quand même. Toutefois, elles le font en silence. Et même quand le film ressemble vraiment à du Scorsese, comme avec le personnage de Bobby, qui n'est pas sans rappeler un certain Henry Hill, c'est surtout parce que le personnage lui-même est empreint de cette mythologie venue d'outre-Atlantique et qu'il essaie d'y ressembler. Avant de comprendre, bien sûr, que la vraie vie, ce n'est pas du cinéma américain.
J'aime beaucoup ce côté brut que Fatih Akin insuffle dans son film. Brut dans sa violence, dans la certaine médiocrité de la réalité qu'il dépeint, dans ses désillusions. Mais également brut dans les rapports humains qu'il met en scène, qui sont bien loin d'être uniquement faits de violence, au contraire. Ce sont également des amitiés brutes, des amours brutes, qui sont filmées et jouées avec une simplicité que parfois seul le cinéma européen peut s'autoriser. C'est aussi un portrait sans fard de la condition d'immigré dans une ville multiculturelle qui, sans l'embellir ni l'enlaidir, cherche simplement à montrer un petit bout de vie. Et il le fait bien.