"Chacun pour soi et Dieu contre tous" est le titre original de ce film de Werner Herzog que je découvre. Le premier visionnage du film, par bien des côtés, m'a laissé perplexe et a nécessité de refaire un deuxième visionnage et de me documenter sérieusement …
D'abord, ne connaissant que de façon très lointaine l'histoire de Kaspar Hauser, je m'attendais un peu à une version allemande de "l'enfant sauvage". Là, je me suis vite rendu compte que j'avais tout faux. Même l'histoire n'est pas comparable.
Alors que Truffaut met en évidence l'apport positif de la société des hommes sur l'évolution de l'enfant sauvage qui n'avait rien d'humain au départ puisque vivant au sein de la nature au milieu d'animaux, Werner Herzog met en scène un homme, parfaitement humain, Kaspar Hauser, qui ne connait que la cellule où il vit enchainé, sa gamelle qu'on lui remplit la nuit quand il dort et un cheval en jouet.
Libéré, il découvre soudain la nature, la société des hommes. Il apprend à marcher, à parler et est séduit par la musique qu'il se met à pratiquer.
La belle scène initiale du film (la barque sur l'eau, le champ de blé balayé par le vent, l'aria de Tamino (La flûte enchantée !) traduit parfaitement le type de choc visuel et auditif qu'a pu ressentir Kaspar à son premier contact à l'extérieur.
On a bien affaire à un être humain qui apprend vite mais qui, profondément, montre qu'il a aussi des sens : il apporte patiemment la béquée à un petit oiseau, il berce, instinctivement, le bébé de sa famille d'accueil qui pleure, … Mais il ne trouve d'autant pas facilement sa place dans la société qu'il rejette l'idée de la religion dont il ne voit pas l'intérêt d'un être supérieur.
Mais c'est surtout du côté de l'interprétation qu'il convient d'apprécier ce film. En effet, l'acteur qui interprète le rôle de Kaspar est un certain Bruno Schleinstein, appelé aussi Bruno S. dont la jeunesse fut très troublée d'abord par une mère qui l'a battu jusqu'à l'âge de trois ans avant de s'en débarrasser dans un asile psychiatrique où il séjourna plus de vingt ans. Bien entendu, dans la vraie histoire, Kaspar est plutôt un adolescent de 16 ans environ tandis que Bruno S donnerait largement l'impression d'un trentenaire. Mais ça n'a pas beaucoup d'importance car le jeu de l'acteur restitue très bien ce que pouvait être le véritable personnage. L'aspect solaire de l'acteur dégage une véritable authenticité.
Et puis, il y a d'autres aspects du film qui sont esthétiquement très beaux mais qui me restent assez obscurs en termes de signification. Par exemple, les rêves de Kaspar qui évoluent tout au long du film dont en particulier celui de la caravane dans le désert. Au départ, il n'évoque que le désert puis nourrit peu à peu le rêve jusqu'à en faire une histoire complète …
C'est comme le titre original qu'on ne s'étonnera pas que j'aime bien même si je ne suis pas complètement sûr d'en avoir compris tout le sens que Herzog a voulu mettre.
Justement, ce sera une bonne occasion de revoir ce film peut-être après le visionnage d'autres films de Herzog comme "Aguirre" que je connais bien ou "Fitzcarraldo" que je n'ai jamais eu l'occasion de voir …