N’aie pas peur, mon enfant, le représentant de la force publique escorté par deux agents en uniforme qui vient frapper à notre porte au milieu de la nuit et qui demande à nos parents qu’on nous réveille pour décliner nos identités, ce n’est pas celui qui viendra chercher un siècle plus tard Primo Lévi, l’auteur de « Si c’est un homme » pour l’emmener à Auschwitz.
Ainsi, pourrait-on dire que débute Rapito, titre français L’enlèvement, film racontant une histoire qui, à défaut d’être « ravissante », est quand même captivante.
Trêve d’ironie et de jeux de mots, Rapito est un chef-d’œuvre.
Non seulement il apprend à des gens tels que moi que l’Inquisition n’a pas sévi que dans l’Espagne d’Isabelle la Catholique à la fin du quinzième siècle mais qu’elle existe encore au beau milieu du dix-neuvième dans les États Pontificaux, même si la torture qu’elle pratique n’est pas physique mais très psychologique ( chantage : « On vous rendra votre enfant si vous consentez à la conversion à notre religion),
non seulement il leur apprend cela mais il peut également faire réfléchir à l’histoire de la peinture, l’art de l’image, et de ses liens avec la religion chrétienne fondée sur l’adoration à l’image religieuse. Pourquoi ? Réponse : quelques plans fixes de paysages tournés en extérieur et que personnellement je trouve magnifiques me font penser que si l’essentiel de ce que nous connaissons de la peinture italienne de la Renaissance est religieux, le siècle où se déroule l’action du film est celui de Corot, des paysagistes anglais puis de l’impressionnisme, avant que la photographie et le cinéma au siècle suivant amènent la peinture à l’abstraction considérée par Dali comme une impasse tragique. Mais c’est une autre histoire. Revenons donc à celle du film.
Bellochio (VF « Bel œil » ?) qui avait fait irruption dans le septième art avec Les Poings Dans les Poches ajoute ici une pierre précieuse à l’édifice d’une carrière parfaitement cohérente dans sa dénonciation des influences nuisibles que la religion peut exercer sur la santé humaine.
Pour ce qui est des liens entre a) l’Église Romaine et les Juifs b) les Juifs et l’argent c) l’argent et les Juifs, je recommande la lecture de certaines pages de L’Histoire de l’Antisémitisme par Léon Poliakov : elles éclaireront le spectateur sur l’allusion à Rotschild à l’intérieur d’un film qui rappelle que l’antisémitisme d’avant Israël et Gaza est fondé sur l’idée que les Juifs, en « tuant Jésus », ont tué celui qui a chassé les « marchands » du temple. Résultat : Tous les artistes sont beaux et tous les marchands, de Venise ou d’ailleurs, sont moches. Oui mais alors, papa, si je veux faire mon film, l’argent pour le réaliser, je le trouve où ?