Au début des années 2000 Denis Robert,journaliste d'investigation viré de Libération pour cause de zèle excessif,décide d'enquêter en free lance sur la société Clearstream,une sorte de banque traitant discrètement des transactions de grande importance impliquant grosses sociétés et personnalités du monde des affaires qu'il soupçonne de blanchiment d'argent.Au fil de ses recherches il va être amené à relier les activités de cette firme à une affaire de corruption éclaboussant le milieu politique et concernant la vente de frégates à Taïwan.Le réalisateur et scénariste Vincent Garenq s'est fait une spécialité de porter à l'écran des affaires ayant défrayé la chronique judiciaire,trois de ses quatre films relevant de ce thème.Là il s'agit donc de l'affaire Clearstream,qu'il traite après l'affaire d'Outreau,c'était "Présumé coupable" en 2011,et avant l'affaire Bamberski avec "Au nom de ma fille" en 2016.Cinématographiquement ce n'est pas terrible,on est sur de l'image grisâtre et de la mise en scène statique,genre téléfilm de luxe.Sur le fond,cette plongée dans les arcanes de ces sombres affaires n'est pas inintéressante même s'il faut avouer qu'on n'y comprend pas grand-chose à moins d'être versé dans la finance.Toutes ces histoires de chambre de compensation,de comptes non publiés,de transactions occultes ou de rétrocommissions restent assez obscures mais on discerne cependant les malversations d'une oligarchie qui s'en fout plein les poches sur le dos du contribuable en détournant joyeusement les circuits de l'argent public et en truandant le fisc.Ces escroqueries institutionnalisées se doublent ici de manipulations nébuleuses à propos de guerres secrètes entre sociétés d'armement,Thomson et EADS,et politiciens,Sarkozy et de Villepin.Denis Robert,gaucho enthousiaste et redresseur de torts autoproclamé,s'est retrouvé instrumentalisé au milieu de ce bazar dans lequel il a foncé tête baissée sans voir qu'il était en réalité piégé.On découvre ainsi une ribambelle de personnages équivoques grenouillant dans ces sphères opaques et barbotant dans les eaux troubles d'un marécage politico-financier pavé de filatures,d'intimidations et de morts suspectes opportunes.Soutenu par l'honnête juge Van Ruymbeke,Robert obtient des témoignages d'anciens cadres de Clearstream ou du cabinet d'audit Arthur Andersen et déroule le fil sans pour autant parvenir à obtenir des preuves,ce qui lui vaudra des condamnations pour diffamation,le comble de l'intoxication étant atteint avec l'entrée en lice d'Imad Lahoud,trader louche et failli fricotant avec les services secrets qui fournira au journaliste des faux listings de comptes secrets accusant des politiciens de premier plan tels que DSK,Chevènement,Sarkozy ou Madelin.Dans le rôle principal Gilles Lellouche restitue parfaitement la nature obstinée de Robert,fonctionnant en mode bulldozer et se laissant bouffer par cette affaire qui l'obsède au point de tout y sacrifier.Charles Berling est excellent en juge Van Ruymbeke et les seconds couteaux sont au diapason,qu'il s'agisse de Florence Loiret-Caille en épouse très patiente du journaliste,Laurent Capelluto en Lahoud,Eric Naggar en Gergorin,le patron d'EADS,ou Grégoire Bonnet en éditeur courageux.