La première scène au bord d'une route en rase campagne est singulière, qui marque la rencontre et initie l'amitié entre Max (Gene Hackman) et Francis (Al Pacino) à l'apparence, l'un et l'autre, de vagabonds. Ils font désormais route commune en auto-stop, le premier pour créer sa station de lavage de voitures à Pittsburgh, le second pour fêter l'anniversaire de son enfant qu'il n'a jamais vu.

Leur cheminement discontinu et plein de haltes, parfois un peu longues d'ailleurs, permet de se familiariser avec ces deux types aussi contrastés que possible, l'ainé Max, rigide et bagarreur, et le candide Francis, plus fantaisiste, le métaphorique "épouvantail" dont il explique lui-même le sens. Leur vie passée est à peine dévoilée mais on la devine cabossée.

Max et Francis ne sont pas l'Amérique triomphante, l'American way of life. Ils ne sont pas des "winners" et, au fil de leur progression dans une Amérique industrielle et populaire bien éloignée de ses mythes, on voit bien ce que leur objectif initial a de dérisoire ou d'illusoire.

Jerry Schatzberg filme des visages et des quartiers abimés et, si ce n'est pas complètement le marasme, c'est au moins le désenchantement qu'il décrit. De pittoresques traine-savates, les deux personnages de Schatzberg deviennent attachants par tout ce qui évoque leur échec. Ils incarnent ceux qui n'ont pas réussi dans un beau film pessimiste et au caractère subversif assumé. Le sujet est porté par les compositions mémorables d'Al Pacino et de Gene Hackman, le premier sur le mode de la fragilité, le second s'imposant en "chef" du duo par sa brutalité et sa détermination.

L'enjeu de leur histoire est de décider si, à deux, leur avenir peut s'éclairer. On n'en jurerait pas au ton qui est celui du film.

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il y a 7 jours

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