Très beau road movie d'amitié entre deux jeunes géants du cinéma que tout oppose pour mieux les réunir, sorte de variation optimiste de l'errance intime d'un Macadam Cowboy pris côté asphalte. Al Pacino est Lionel dit Lion, un rôle de cigale unique dans sa carrière, un jeune, espiègle et innocent drôle d'oiseau qui n'a que le rire et l'absurde pour seule thérapie, et se pose au creux des mains charnus de Max, Gene Hackman, bagarreur soupe au lait, "Je fais confiance à personne, je n'aime personne, et je suis assez costaud pour mettre un éléphant sur le cul.", accessoirement une fourmi consciencieuse et travailleuse.

Les deux personnages se rencontrent par hasard sur le bord d'une route au milieu de nulle part. L'un sort de prison et veut monter une affaire de station de lavage à Pittsburgh, l'autre veut offrir une lampe à son fils qu'il n'a jamais vu à Détroit. Au fil des trains et autres véhicules pris en marche, un vent d'heureuse liberté prend de l'ampleur à mesure que Max pense à considérer Lion et que Lion tente de faire rire Max, voire à mesure qu'il tente de lui apprendre à faire rire, solution qui semble pouvoir éloigner efficacement l'animal de la prison.

Les traits un peu plus forcés (je sens qu'il y en a qui grinchent sur la partie finale assez rentre dedans) pourraient être pénalisants si la période n'était pas à un cinéma exigeant centré sur la vérité des personnages.

Cadrages des paysages inspirés, photo naturelle 70's sans aucune esbroufe, pas de BO tape à l'oeil bien caractérisée, tout juste quelques traditionnels harmonicas mélancoliques (bon ça, c'est peut-être un peu dommage...), pas d'action, pas de spectacle hormis celui du réel.

A l'heure où il est de bon ton d'aller voir de la contemplation pleine de vide au cinéma, une contemplation plastique dont on ne connait même plus vraiment la signification, l'errance de ces deux-là nous happe dans le flux simple du temps qui passe, du temps qui fait le chemin. Ces deux là nous offre une pleine contemplation de leur plein de trop plein.

Certes anodins et sans spectacle élaboré dans les poches, ils sont aussi de vrais amis beaucoup plus poignants que tout héros en mousse. Moins facile à consommer qu'une belle photo avec beaucoup de vide plein d'intentions peut-être, mais au moins on est sûr de s'en souvenir dans 10 ans.
drélium
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le 4 nov. 2011

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