Tournée en Somalie italienne, cette coproduction italo-française est une curiosité et certainement pas un bon film. Je m'interroge encore sur le sens du titre, Georges Rigaud n'étant l'esclave de rien ni personne. En tout cas, la référence est assez malheureuse !
"Préfacée" par le romancier explorateur Henri de Monfreid qui garantit doctement l'authenticité ethnologique, le film n'en demeure pas moins, dans ce domaine, d'une grande pauvreté. Le reflet de l'Afrique relève ici essentiellement de l'attraction exotique pour spectateur européen.
La fille d'un colon qui a fait fortune dans une bananeraie débarque et fricote immédiatement, comme convenu, avec le bel intendant Georges. Mais le père s'oppose avec virulence à leur amour -on ne sait pas pourquoi d'ailleurs. Alors Georges prend une jolie compagne somalienne et court la brousse avec elle (si on peut dire, car le scénario est particulièrement étriqué et sans la moindre dimension aventureuse), comme un Tarzan en pagne. Cette belle indigène, le réalisateur Jean-Paul Paulin la déshabille intégralement lors d'une ablution -ce qui ne semble pas prêter à conséquence, précisément parce qu'elle est une indigène.
Les relents racistes qui traversent ce film des années 30 invoquent surtout le train-train et la logique coloniales. Le film n'est évidemment pas et absolument pas dans une quelconque réflexion sur la place et la légitimité des Européens en Afrique. Et pour bien montrer qu'au terme de l'escapade de Georges -sur un mode "westernien", avec indiens et cavalerie ! -tout revient dans l'ordre : Georges retourne à la civilisation blanche tandis que les indigènes sont au travail avec ardeur dans la bananeraie...
Le film a valeur de document, non pas pour ce qu'il montre de l'Afrique mais pour ce qu'il dit de l'esprit colonialiste.