🎬 L'ÉTRANGER - François Ozon | ⭐ 8,5/10
Malgré 24 (!) films à son actif, François Ozon réussit l'exploit de se réinventer avec cette adaptation du célèbre roman d'Albert Camus, en proposant une atmosphère jusqu'alors inédite dans son cinéma.
À travers un noir et blanc sublime, le spectateur est happé et transporté sous la chaleur et le soleil écrasants d'Alger, une lumière aveuglante qui devient le moteur visuel du film.
Le film fascine par la beauté de ses images (la scène de la baignade ainsi que celle du meurtre sur la plage resteront gravées dans les mémoires), son ambiance si particulière et sa musique hypnotique. Il n'en demeure pas moins lent et taiseux, surtout sur sa première partie. Transposer à l’écran un personnage aussi énigmatique et mutique relevait du défi. Malgré l’intensité du jeu de Benjamin Voisin, qui trouve ici son plus grand rôle, le film peine à rendre lisible la nature de Meursault et il est parfois difficile de saisir ce qui se joue derrière ce visage toujours impassible. Là où la livre permettait d’accéder à sa voix intérieure, le film, qui fait le choix de limiter les moments en voix off, ne peut qu’en montrer la surface, ce qui peut placer dans l'incompréhension des intentions du personnage, et accroître la distance avec le spectateur.
Si L'Etranger offre les plus belles images de toute la filmographie de Ozon, certains reprocheront néanmoins une certaine tendance à la fétichisation de l'Algérie française, à travers une sur-esthétisation des images de cette époque. Fort heureusement, le film a le souci de capter par touches régulières la masculinité toxique et le racisme de cette société coloniale.
À noter la bande originale enivrante de Fatima Al Qadiri, qui retrouve ici les atmosphères envoûtantes déjà à l’œuvre dans Atlantique de Mati Diop, ainsi que la qualité des seconds rôles, tous impeccablement dirigés, de Rebecca Marder à Pierre Lottin, en passant par Swann Arlaud.
Au final, cette adaptation se révèle être une véritable expérience sensorielle et une très bonne surprise. Cette prise de risque pourrait bien enfin valoir au réalisateur une reconnaissance du métier, attendue depuis si longtemps, aux prochains César.
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